Zone

Le roman-monde de Mathias Enard

Un espion franco-croate prend le train Milan-Rome, enchaîne en pensées ses souvenirs et convoque l’Histoire, dans une immense mosaïque fractale qui mêle bourreaux et victimes, héros et criminels, destinées singulières et rencontres viriles dans la zone méditerranéenne. Prix Livre Inter 2009.

French literature , mediterranean conflicts, The Area


Beyrouth  -  ©  Aline Dagher

Le narrateur de «Zone» prend le train Milan-Rome et Mathias Énard nous raconte des histoires de soldat et d'espion ,  l' histoire des hommes, des villes, des pays du pourtour méditerranéen. Cinquante ans après le roman ferroviaire de Michel Butor «La Modification»  (1957), la ligne Paris-Rome propose encore son tracé à la bonne littérature .

Allez-vous mettre le pied sur la rainure de cuivre ?


  • Extrait ( début )

« Tout est plus difficile à l’âge d’homme, tout sonne plus faux un peu métallique comme le bruit de deux armes de bronze l’une contre l’autre elles nous renvoient à nous-mêmes sans nous laisser sortir de rien c’est une belle prison, on voyage avec bien des choses, un enfant qu’on n’a pas porté une petite étoile en cristal de Bohême un talisman auprès des neiges qu’on regarde fondre, après l’inversion du Gulf Stream prélude à la glaciation, stalactites à Rome et icebergs en Egypte, il n’arrête pas de pleuvoir sur Milan j’ai raté l’avion j’avais mille cinq cents kilomètres de train devant moi il m’en reste six cents, ce matin les Alpes ont brillé comme des couteaux, je tremblais d’épuisement sur mon siège sans pouvoir fermer l’œil comme un drogué tout courbaturé, je me suis parlé tout haut dans le train, ou tout bas, je me sens très vieux je voudrais que le convoi continue continue qu’il aille jusqu’à Istanbul ou Syracuse qu’il aille jusqu’au bout au moins lui qu’il sache aller jusqu’au terme du trajet j’ai pensé oh je suis bien à plaindre je me suis pris en pitié dans ce train dont le rythme vous ouvre l’âme plus sûrement qu’un scalpel, je laisse tout filer tout s’enfuit tout est plus difficile par les temps qui courent le long des voies de chemin de fer j’aimerais me laisser conduire tout simplement d’un endroit à l’autre comme il est logique pour un voyageur tel un non-voyant pris par le bras lorsqu’il traverse une route dangereuse mais je vais juste de Paris à Rome, et à la gare centrale de Milan, dans ce temple d’Akhenaton pour locomotives où subsistent quelques traces de neige malgré la pluie je tourne en rond, je regarde les immenses colonnes égyptiennes qui soutiennent le plafond, je bois un petit verre par ennui, à une terrasse ouverte sur les voies comme d’autres sur la mer, il ne me fait aucun bien ce n’était pas le moment des libations il y a tant de choses qui vous détournent du chemin, qui vous perdent et l’alcool est l’une d’elles il rend plus profondes les blessures quand on se retrouve seul dans une immense gare gelée obsédé par une destination qui est devant soi et derrière soi à la fois [...][1]»

  • Résumé

Le narrateur prend le train  Milan-Rome le 8 décembre 2004, incognito mais en première classe, avec, dans sa mallette, ses archives, des renseignements secrets  qu'il doit vendre le lendemain à un représentant du Vatican pour ensuite changer de vie et de métier. Francis Servain (par son père)  Mirković (par sa mère)  alias Yvan Deroy  se rappelle qu'il a été, pendant dix ans, espion français dans sa Zone,  la mer Méditerranée , le  "cimetière bleu" selon l'expression des Serbes , et les pays du pourtour méditerranéen, dont la mémoire est retracée au fil des kilomètres qui séparent Milan de Rome . Peu à peu prend forme une fresque homérique où se mêlent bourreaux et victimes, héros et anonymes, peuples déportés ou massacrés, mercenaires et témoins, peintres et écrivains, évangélistes et martyrs.


  • Summary


A man in his late thirties is aboard a train from Milan to Rome with a single suitcase filled up with documents and names coming from his years long investigation into the gruesome history of conflicts of the mediterranean. 500 kilometers travel, 500 pages. During the whole trip, we are inside the man's head. Thinking about his suitcase. Thinking about history, thinking about his own life, his years as a soldier in the croatian nationalist army in the 90's, the war against the Serbian and the muslim Bosnian, massacres, rapes, warfare. Thinking also about is second life, in France's intelligence service. His investigation in Algeria during the bloody 90's, years of the rippers, his time in war-torn Lebanon. This is a list of horrors, a century of violence. The narrator's voice is haunted, it never stops -- the first dot of his own narration (save the ones found in the book he is reading) is the final one. A very striking book who'd wish to be a modern's day Iliad -- everything started in Troy. ( by Fausto Maijstral  / Fric Frac Clubber )


  • Structure


pp 76-77
« [...] il y a tant de coïncidences, de chemins qui se recroisent dans la grande fractale marine où je patauge [...]»


Comme l'express transitalien pandolino déroule ses kilomètres, l’histoire déroule son fil en spirale, une grande narration épique découpée en vingt-quatre chapitres comme l’Iliade . Les 517 pages du roman peuvent représenter les 500 kilomètres parcourus en 5 heures ( p 23 «[...] encore cinq heures avant la gare de Termini [...]»). De Milan à Florence  le narrateur tourne le dos à sa destination . Le train inverse sa marche à Florence et emprunte la ligne direttissima Florence-Rome.

Le titre rappelle, au singulier , celui du livre  de Jean Rolin ( Zones , Gallimard) , mais surtout le poème non ponctué de Guillaume Apollinaire ( Zone dans  Alcools , 1913 ) dont les thèmes sont, entre autres, la religion, l'espace et le temps, le dialogue avec soi-même, l'amour perdu et les femmes.

Mathias Enard emprunte à quelques autres avant lui l 'idée d'une construction narrative en une seule longue phrase .  Trois chapitres ( 4 , 13 , 20 ) appartiennent à un roman intercalé ( et ponctué ) que lit le narrateur.
Une des pages du manuscrit perdu de Francesc Boix est enchâssée pages 235-237.

En raison de la complexité arborescente (fractale des pensées, des associations d'idées, des assonances , des frontières, des langues, des dialectes, des religions, des destins individuels , les récits doivent être tenus par la linéarité horizontale du déplacement du train. Le train donne le rythme narratif et symbolise la Mort ( transport des armes et des troupes,  élément technique de la Solution Finale ) . La pensée du narrateur explose sous l'effet de la fatigue, de l'ivresse et d'un demi comprimé d'amphétamine ( p 348 ) mais elle est tenue dans une  structure circulaire qui se traduit par le retour régulier des souvenirs personnels les plus forts et par les objectifs de cette dernière mission ( p 12 « [on est] obsédé par une destination qui est devant soi et derrière soi à la fois : le train n'est pourtant pas circulaire, il va d'un point à un autre moi je suis en orbite [...]».

Chansons du livre : "My Way ", " Trois jeunes tambours" , " Lili Marleen " .

Mot d'ordre Oustachi  : "Za dom spremni " : pour la patrie , toujours prêts ( page 55 ) .





  • Personnages fictifs

    • Francis Servain Mirkovic le narrateur , "délégué de défense" , né à Paris, «fils de la Croate et du Français, de la pianiste et de l'ingénieur » ( p 367, 505, 512 )
    • Son ami d'enfance à qui il a volé son identité : Yvan Deroy ( p 39 - 41 , 462, 447 - 455, 510 )
    • Sa famille
      • Marija Mirković sa mère ( p 150,  182 -186, 342-348, 463, 498, 507)
      • Servain son père né en 1934 à Gardanne ( p 150,170, 415, 462, 515 ) , décédé en 2000
      • Leda sa soeur mariée à un banquier parisien ( p  169,172, 346-348, 490 ) 
      • Grand-père maternel : Franjo Mirković «Oustachi de la première heure» ( p 259-260, 344 )
      • Grand-père paternel  : grand père serrurier forgeron , résistant déporté  ( p 172, 259-260) 
    • Ses compagnes
      • Marianne ( p 25, 49-51, 53-54 , 93-94, 96-98 , 351, 353-354 ,461, 468,  495, 514 )
      • Stéphanie Muller ( p 56, 220, 225-228 ,232-233, 237-238, 250, 290-291, 318-322, 324-325, 328-329, 347, 355, 359-360, 364, 402-403, 453, 468, 476- 481, 484-486 , 505-510, 514-515)
      • Sashka ( Alexandra ) ( p 39, 77, 128,132, 149, 151, 461, 465 - 468 , 473, 475, 483 , 489,495, 510, 511, 516  )
    • Ses amis frères d'arme
      • Andrija le Slavon ( p 43-47 , 87-89, 246-247, 287, 384-389, 456-460, 464, 500-501, 511,515 )
      • Vlaho Lozović le Dalmate ( p 148, 246, 457- 461, 464, 490, 500)
    • Ses supérieurs rue Mortier
      • Lebihan ( p 282, 292, 338, 348, 362-364 , 375, 475, 509-510 )
      • Jean Claude Cousseran (p 416 )
    • Ses sources
      • Nathan Strasberg , israëlien ( p 74 ,76, 86, 483, 487,  497-499 ) 
      • Harout Bedrossian ( catholique arménien ) (p 198, 203, 205, 210-211)
    • Ses compagnons d'errance
      • Ghassan Antoun ( p 21, 47, 56, 87-91, 93-94, 98-101, 105, 333-334, 352-353, 358, 491- 492 )
      • Jojo, Momo, Pierre , Gilles ( 153-154)
    • Les personnages du livre intercalé ( de Raphaël Kahla écrivain fictif p 52  )
      • Intissar ( p 63, 91, 293-313, 385, 438, 439, 444-446, 483, 514-515)
      • Marwan ( p 64, 91, 293-313, 438, 439, 444-446, 514)
      • Ahmad ( p 69, 91, 293, 310, 439, 443, 445, 515 )
      • Habib Barghouti ( p 67, 295)
      • Abou Nasser ( p 66 , 309, 311, 441- 444, 446)
    • Les personnages du train Milan-Rome
      • Un lecteur de Pronto ( p 22 , 36, 77, 89,  173, 186, 200, 242 )
      • Le ferrivopathe ( p 56 - 59,477,  480 )
      • Un cruciverbiste et sa femme ( p 128 , 152, 281-282 )
      • Le Barman (Antonio ), et son père Antonio ( p 249, 369 )
      • Une sexagénaire en manteau de laine noire ( p 332, 463, 489)
      • Des Américains ( p 374, 377, 381, 402 )
  

  • Coups d'œil sur les chapitres


I - pages 11 à 17 : Gare Milano Centrale , quai n° 14 , le 8 décembre [2004]. Le narrateur vient de Paris et se rend à Rome. «[...] ce matin les Alpes ont brillé comme des couteaux, [...]». Il est très fatigué et voyage dans le temps avec ses souvenirs. Milan lui permet d'évoquer Millán Astray , légionnaire à Madrid. Des policiers sur des Segway poursuivent un jeune noir. Dans les gares il y a, parfois, des égarés qui annoncent l'Apocalypse. Le train s'élance pour 500 km.

II
- pages 19 à 37 : Le train est parti , la nuit tombe. Le voyage doit durer cinq heures. Immobilisé dans le compartiment le narrateur se souvient de son passé et, par association, de l'histoire des lieux où il a vécu et trafiqué. Les souvenirs viennent en masse , «au rythme paradoxal des traverses» , à la vitesse et selon les règles de la pensée. Venise est une ville glaciale en hiver. La narrateur a passé sa première nuit dans le Ghetto vénitien  enroulé dans un tapis d'Orient poussiéreux, «comme un fakir raté ou un marin prêt à être rendu à la mer cousu dans son hamac ». Rome  est «une ville ressuscitée mille fois, rongée par la gangrène et la pluie», une «immense friperie religieuse ». Alexandrie d'Egypte pourrait être reliée, par un réseau ferré,  aux autres villes qui portent ce nom ( dans le Piémont, en Turquie, en Afghanistan ). L' Alexandrie du narrateur n'est pas celle des écrivains Constantin Cavafy , Lawrence Durrell , Stratis Tsirkas, Guiseppe Ungaretti. C'est celle de souvenirs personnels : Marianne , les boissons alcoolisées égyptiennes , ses contacts avec des militaires, des trafiquants orientaux et «les seigneurs de la Zone» . Bonaparte livre bataille au pont de Lodi pendant la première campagne d'Italie . Souvenirs du Caire. «[...]la vie peut ressembler à un mauvais prospectus d'agence de voyages, Paris Zagreb Venise Alexandrie Trieste Le Caire Beyrouth Barcelone Alger Rome, ou à un manuel d'histoire militaire, des conflits, des guerres, la mienne [...]» Le narrateur a déjà parcouru mille kilomètres entre Paris et Milan. Il a rêvé de la guerre d'Espagne et des ghettos polonais. Au Caire le narrateur trouvait son pastis chez un Grec où Harmen Gerbens insultait Nasser et le panarabisme.Ce vieil homme a un passé très suspect. Il est resté emprisonné huit ans à Qanâter.

III
- pages 39 à 61 : Le narrateur a un nom d'emprunt et voyage incognito . Le vrai Yvan Deroy était un ami crâne-rasé, de droite-extrême, devenu psychotique. Le narrateur a suivi une préparation militaire pour un service long. Fiancé à Marianne il  est parti participer à la guerre en ex-Yougoslavie en 1991 et 1992. Son frère d'arme, Andrija, est mort en Bosnie. Henrich Schliemann avait retrouvé la ville de Troie. Stéphanie et maintenant Alexandra ( Sashka ) ont remplacée Marianne. Noyade suicidaire dans la lagune de Venise. Tchèque omniscient et «ferrivopathe» , en possession d'un antique indicateur [Chaix] (recueil de renseignements concernant principalement les horaires des chemins de fer)  qui nous donne des précisions sur la pagination du roman  ( mise en abyme page 59 «  [...] voyez-vous tout est écrit ici, pages 26, 109 et suivantes, dans les deux cas, que vous soyez présent ou non, la prochaine correspondance sera page 261 de l'horaire [.../...] tout cela vous mènera à la page 480 et la perte  d'un rejeton [.../...] toute votre vie est là, de nombreuses correspondances vous amèneront doucement, presque à votre insu, dans un train ultime Pendolino diretto Milano-Roma qui vous portera à la fin du monde, prévue à la gare de Termini à vingt et une heures douze ») . Comme l'a écrit un critique,  les souvenirs sont les tesselles d'une mosaïque mémorielle . Certains éléments des premiers chapitres seront expliqués et développés plus loin dans le livre. Les souvenirs sont des hologrammes brisés : chaque fragment contient une facette de l'Histoire méditerranéenne ou de l'histoire singulière du narrateur mais contient aussi dans son entier et de manière lancinante le but de la dernière mission, celle qui le maintien immobile dans ce train.

IV -
pages 63 à 72 : Récit du libanais "Rafaël Kahla" recommandé par la libraire de la place des Abesses. « Le petit ouvrage traite du Liban, la quatrième de couverture situe les trois récits à trois moments distincts de la guerre civile » [p 52 ] Les Palestiniens sont au Liban. Inssatar est une combattante palestinienne à Beyrouth. Son ami Marwan a été tué. La défaite est amère en 1982.

V -
pages 73 à 112 : A Jérusalem , ville éternelle et ville refuge , le narrateur est en relation avec Nathan Strasberg le chargé des relations extérieures du Mossad. Dans le train Milan-Rome Yvan (Francis Servain)  est le porteur de documents patiemment rassemblés depuis 1998. Yvan a connu le général  Blăskić en 92-93. Il se rend incognito au TPI de la Haye pendant le procès de Blăskić . Il part enquêter ensuite sur Harmen Gerbens à Groninge. C'était un SS condamné à mort par les alliés et rattrapé par l'Histoire au Caire. Il se rappelle de son amitié vénitienne avec le Libanais Ghassan Antoun , qui ressemble tellement à Andrija «dont l'absence se cherchait sans doute un remplaçant» et évoque les guerres fratricides du Liban des années 70-80. Marianne a quitté Francis à Venise où il a passé six mois d'errance alcoolisée. Il vendra ses archives , ses secrets aux hommes d'Église pour 300 000 $  . Ghassan a été blessé, dans les années 90, par des éclats humains. Cela conduit le narrateur à décrire la bataille maritime de Lépante en 1571 . En 1996 une «source» de Francis est un islamiste algérien repenti. L'espion habile est manipulateur et psychologue. Au Caire il n'y a presque plus de familles juives, expulsées en 1956 et 1967 . Le rêve de la chute dans le canal vénitien est interrompu par le contrôleur.

VI - pages 113 à 137 : Le narrateur continue à décrire ce qui se passe dans son compartiment, la course du train, les régions de l'Italie qu'il suppose parcourir. Ses origines croates lui permettent de mettre en perspective la guerre Yougoslave. L'attentat de Sarajevo par Gravilo Princip qui finira ses jours à Theresienstadt en 1918 , camp de concentration vitrine du III ème Reich dès 1941. Après avoir quitté Marianne et Venise, Francis se voit un destin diplomatique (le Quai d'Orsay ) . Par défaut il devient délégué de défense rue Mortier ( DGSE ) et il entrera dans la Zone par l'Algérie. Maintenant, dans le train , il veut abandonner derrière lui toutes ces horreurs, rejoindre Sashka et  «écouter la météo marine bien loin en terre ». Pour Shaska, il est un entomologiste. Au fond, se sont des hommes insectes qu' il côtoie . Il a quitté son bureau et avant de partir il erre dans Paris , « a biné » honteusement Françoise rencontrée rue Lepic. Il va «à reculons dos à la destination et dos au sens de l'histoire». La raison de son voyage c'est peut être se déplacer dans les phonèmes d'une autre langue. Les Algériens sont les victimes de terroristes atteints de folie politico-religieuse et tout le monde a peur de tout le monde.

VII - pages 139 à 165 : Il a liquidé ses affaires à Paris. Il vivait dans le 18 ème arrondissement , « sans femme ni télévision » , mais au bistro d'en bas matin et soir. En 1991 il a rencontré Eduardo Rózsa « drôle de personnage » en Croatie . Tous les participants de cette guerre sont des volontaires,  apolitiques ou d'extrême -droite : Rózsa, Andrija, Vlaho , Duroy. Kolia, le demi-frère de Sashka s'est battu pour les Serbes.  Le père du narrateur était un nationaliste français qui avait construit pour ses enfants un gigantesque réseau de trains électriques dans le sous-sol de leur maison d'Orléans. Retour sur les mâles-soldats. Millán Astray. Alphonse XIII. La décapitation. Le Caravage.

VIII  - pages 167 à 187 : Lecture du début du chapitre VIII par Mathias Enard Malcolm Lowry ( Au dessous du Volcan ) étrangle sa femme Margerie. Francis arrive en retard aux funérailles de son père (au cimetière d' Ivry ) . Son père à participé de manière active à la pacification de l'Algérie en 1956. Le cimetière de Vukovar témoigne des massacres de l'automne 1991. Fossoli était le camp de transit des Juifs déportés d'Italie . La mère de Francis était une grande musicienne mais a trouvé sa place à la maison . Elle donne des cours de piano à des adolescentes , fantasmes onanistes de Francis .  En 1995 Francis devient espion «[...] j'ai troqué la kalachnikov pour des engins de mort bien plus subtils mais tout aussi efficaces [...] qui ont débouché sur des assassinats des vies brisées des hommes traînés dans la boue des destins tordus des secrets percés à jour [...] ». 

IX  - pages 189 à 208 : Pages ironique sur le pape Jean-Paul II : Karol Wojtyla n'en finit  pas de mourir (2004) . Damas capitale de la Syrie « [ c'est à ce nonce apostolique de Damas ] que je dois ma nouvelle vie, l'argent en échange de la mallette [...]»  Rabia est "en Suisse"  où « les oubliettes syriennes sont profondes [...] ». Hassan est resté 14 ans dans une prison syrienne . La Syrie d'Hafez-Al Assad «[qui] avait joué trente ans au poker moyen-oriental». Francis ( pseudonyme Jérôme Gontrand ) est contacté par Harout Bedrossian « il a payé mon café avant même que je puisse réagir et m'a pris par le bras comme si j'étais une demoiselle [...]». Le suicide de Mohammad el-Khatib à Modène et celui d'Attila József le poète hongrois près du lac Balaton. Bedrossian donnera des renseignements sur la Syrie si la France veut bien reconnaître le génocide arménien. Les Jeunes-Turcs. Charles Doughty-Wylie et Gertrude Bell l'espionne archéologue. Les Dardannelles et  Mustafa Kemal ( Atatürk ) .  Francis était  "touriste" en Syrie : Damas , Palmyre, Alep , Lattaquié .

X  - pages 211 à 240 : C'est Bedrossian qui a présenté à Francis le nonce apostolique ambassadeur du Saint-Siège en Syrie. L'identité de Francis Servain Mirković se dilue dans la Zone. Francesc Boix le photographe de Mathausen . Le chef de Francis : Lebihan. Stéphanie Muller l'alsacienne. Barcelone et sa ville symétrique : Beyrouth et la boite BO18. Cervantès. Les antisémites de plume Bardèche , Brasillach, Céline. Pages du manuscrit perdu de F. Boix. Barcelone et son Forum des cultures construit sur le charnier du campo de la Bota.

XI  - pages 241 à 280 : Gare de Bologne . Basilique San Petronio. Petit christ de bois médiéval. Fresque de Giovanni de Modène représentant l'Enfer de Dante  et Mohammad prophète de l'Islam. Les trois soudards .  Attentat de Marseille en 1934 contre Alexandre Ier. La génération de ses grands parents ( Oustachis et résistants français ) .Trois jeunes tambours. Avec Stéphanie à Carcaixent. Maks Luburić le boucher du camp de Jasenovac. Les Oustachis. Le martyr Saint Boniface et Aglaé. Un autre bourreau, Ljubo Runjas, remet à Francis un paquet de renseignements. Stéphanie en vacance à Valence , Carcaixent , Xàtiva. Misson de nuit et meurtre d'un Serbe. Andrija est abattu accroupi le cul à l'air.

XII    - page 281 à 292 : Le boulevard Mortier. «les deux premières années j'étais persuadé que mon recrutement était une erreur,[...] je me demandais comment le service avaient (sic) pu décider d'intégrer un élément politiquement et militairement douteux, susceptible de sympathies doucement fascisantes et étrangères » . Francis pense qu'il est manipulé. Elie Hobeika le boucher de Chatila.  La photographie de la sœur d'Andi. Curzio Malaparte (Kaputt) . Stéphanie veut que Francis soit plus ambitieux . Le chef de Francis  : Lebihan. Texte intégral du chapitre XII .

XIII   - pages 293 à 313 : Récit du libanais "Rafaël Kahla" ( suite ) . Mathias Enard est littérairement partial. Intissar veut récupérer le corps de Marwan.

XIV   - pages 315 à 329 :Dans le train Francis est fatigué , ivre et sous l'effet d'une amphétamine. Jean Genet à Beyrouth. Andijar a été tué. Stéphanie essaye d'en savoir plus sur le passé de Francis. Elle lui demande de voir un documentaire britannique sur la mort du photographe Paul Jenks. Francis l'oblige à prendre une arme.

XV    - pages 331 à 368 : Gare de Florence . Inversion du sens de la marche du train.Venise est la ville la plus glaciale de Méditerranée.  Francis avance face à sa destination. La Libye et Khadafi. Une petite boite à musique. Wie einst Lili Marleen. Retour sur Millán Astray que la mère de Francis ( Marija Mirković)  croise à Madrid alors qu'elle est une jeune pianiste prodige de 12 ans . Elle deviendra mère de famille et le piano servira aux petits succès de Lela , la sœur de Francis. Page 348 synthèse ironique et déclinaison  de "c'était très bien , mais ...". William Burroughs ( Interzone , Le Festin nu ) à Tanger. Francis a quitté la guerre déboussolé, en revenant par Venise, ville romantique et morbide, où il s'installe au Ghetto. Marianne vient préparer l'agrégation . La violence a cassé quelque chose entre Francis et les femmes. A Tanger,  William Burroughs a sa première expérience d'hypoxyphilie. Pages ironiques sur le Lebihan en pré-retraite ( p 362-363 ). Tanger émoustille Stéphanie mais la ville n'est plus érotisée mais un lieu de souffrance pour des clandestins en partance pour l'Europe. Francis a rencontré Mohamed Choukri ( Jean Genet à Tanger , Le Pain nu , Le temps des erreurs ).

XVI   - pages 369 à 382 : Le Dodécanèse , les îles grecques . La déportation des Juifs de Rhodes . Athènes et l'ombre d'Albert Speer. Le Corps expéditionnaire français . Pie XII. Salonique . La mallette de Francis contient les noms de massacreurs et des massacrés.

XVII  - pages 383 à 389 : Souvenirs de soldat ,  ses frères d'armes. Vukovar. La mort d'un tankiste . La mort d'Andi.

XVII  - pages 391 à 413 : Le Caravage , la décapitation. Le Corps expéditionnaire français . Les cimetières et les nécropoles . La déportation des Juifs de Salonique . L'histoire de Léon Saltiel d'Agathe et de Stavros . La mort des Serbes et des Croates . Retour sur sa relation avec Stéphanie . La fêlure . Alexandrie , Lawrence Durrell ( Le Quatuor d'Alexandrie ) et Cavafy . Rencontre désopilante d'un couple de Britanniques . Rudolf Hess . Description géniale et hilarante d'une excursion en calèche derrière un canasson  ( pp 411-412).

XIX   - pages 415 à 438 : Depuis que Stéphanie est partie il a dû caresser des milliers de pages dans la solitude. Ses directeurs Cousseran et Lebihan. Retour sur les SS de l'Aktion (Einsatz ) Reinhard  et l'Operationzone Adriatisches Küstenland. Le lecteur retrouve des personnages historiques de J. Littell ( Les Bienveillantes , 2006 ) . Trieste et les 3 jeunes tambours . Rolf Cavriani von Eppan duc d'Auschwitz . Trieste et James Joyce. Odilo Globocnik ( Globus ) était triestin. Massacre de 10 Slovènes après un dîner. Où Francis pourra t'il finir sa vie dans la Zone ? Sashka  est la seule femme peintre d'icônes.

XX    - pages 439 à 444 : Récit du libanais "Rafaël Kahla" (suite  et fin ) : Intissar , Marwan , Abou Nasser et Ahmad. Le Désir et la Mort.

XXI   - pages 445 à 481 : La narrateur essaye de faire une synthèse de ses souvenirs. Ezra Pound prédicateur fasciste et antisémite. Yvan Deroy le nazillon psychotique. Ce qu'il reste de Bardèche , beau-frère de Brasillach. Yvan assommé par la brosse à colle d'un colleur d'affiche . Vlaho Lozović est mutilé. Le père de Francis a torturé des Algériens . Les quatre martyrs dalmates. Sashka , ses icônes et sa méconnaissance. Corfou. Sissi l'impératrice,  Sergueï Essenine,  Isadora Duncan. Tout part à vau-l'eau entre Stéphanie et Francis. La fêlure devient un abîme. La petite étoile en cristal de Bohême. Hector et Andromaque. Le choix d'Achille.

XXII  - pages 483 à 493 : Arafat et Gaza. La cage de Guantánamo en œuvre d'art. Ezra Pound. Aloïs Brunner (boucher SS ) en Syrie. La Passion selon saint Matthieu. Les fils imitent leurs pères. A Venise Francis est tombé dans le canal et il a été secouru. Mais par qui ?

XXIII - pages 495 à 503 : Il ne s'est pas suicidé mais à lâché prise au fond de l'eau. Jérusalem et le Saint-Sépulcre.
Jérusalem et les trois religions. «C'est le folklore de Jérusalem, comme le ski à Megève, ici nous avons les religions». Les têtes des suicidés palestiniens décollent vers les cieux, «bouchons du champagne divin».Les parents de Nathan Strasberg étaient de Łódź. Francis a décapité un prisonnier musulman en Bosnie. La rage et la vengeance. Qui a tiré Francis du canal vénitien ?

XXIV - pages 505 à 517: Stéphanie a consulté le dossier de Francis. A Istanbul le malaise entre elle et lui est renforcé par tout ce que peut représenter l'Orient barbare pour une sensibilité classique. Rosa Eskenazi était une diva des années 1930. La chute de Constantinople.  Francis comprend que son dossier  a été consulté par Stéphanie. « Crimes de guerre , exactions , tortures ». Lebihan lui demande de prendre acte. Le train roule vers Sashka la Russe qui est une présence sans âme. Stéphanie s'est réfugiée à Moscou. Francis était rentré ivre mort de Beyrouth et Stéphanie lui avait fermé la porte au nez. Souvenir de la mer Méditerranée au large d'Alexandrie : les deux êtres vivants sont des dauphins. Les morts des guerres passées sont comme les traverses en bois de la voie de chemin de fer. Le voyage touche à sa fin. Gare de Termini [ 21 h 12 ] . Le temps peut se suspendre dans un terminal d'aéroport. Le grand Autre.

Remerciements  page 519
Bornes                page 521  ( Ligne ferroviaire Milan - Rome )


Réception par les libraires

 
  • "Avec sa phrase unique, «Zone » de Mathias Enard (Acte Sud ) , avait pourtant tout pour rebuter le lecteur. Eh bien non. « Une fois passée les dix premières pages, on est embarqué» , explique Jacques Griffault de la librairie Le Scribe, à Montauban. Pour Christian Thorel, patron d'Ombres blanches , à Toulouse, « c'est le roman qui émerge cette année. Mathias Enard est influencé par Borges, et son livre a les qualités d'un Verne ou d'un Dumas. J'ai lu "Zone" en 48 heures. Les attentes sont comblées.» «Trop bien , résume prosaïquement Stéphane Emond de la librairie Les Saisons, à la Rochelle. Ça faisait longtemps que je n'avais eu un tel choc.» « Pas un livre facile , dit-on chez Mollat à Bordeaux , mais à l'évidence important. Tous nos libraires l'ont repéré.» Une avalanche de compliments autour d'une somme exhalant bruits et fureurs ? Le syndrome « Bienveillantes» n'est pas à exclure"[2].

  • "Ami lecteur qui feuillette Zone, de Mathias Enard, attention aux impressions trompeuses. A l’œil, rien de plus facile que de se dire : « Pas pour moi...trop compliqué...ponctuation bizarre...expérimental sans doute...pénible à lire sûrement ... » Je le sais, j ’ai pensé cela en le soupesant. Pourtant dès les premières pages, toute prévention disparaît. On s’installe avec le narrateur, et tout devient très simple. On est emporté dans un flux, par un style intimement lié à un récit qu’on ne lâche plus. Et surtout on se retrouve surpris, et un peu groggy, en face d’un grand livre sur la guerre, les tragédies du siècle (et au-delà) et la dérive d’un homme." [3]

Le point de vue des critiques

  • Pierre Assouline   [4] - «Si c’est un exercice des style, il a au moins le mérite de poser à nouveau un vieux problème : où s’arrête le début d’un roman ? Fin du premier paragraphe ? Premières pages ? Premier chapitre ? [...] Mais là, comment discerner le début ? Dès lors qu’on y est entré, la question ne se pose plus tant le vertige est puissant. Car justement, le principe de la phrase unique n’y est pas un exercice de style ; il obéit à une nécessité qui n’est pas purement formelle. Rien de gratuit dans la folie très maîtrisée de cette épopée personnelle. Nous sommes assis aux côtés du narrateur dans un train lancé dans la nuit et nous allons à son rythme sans arrêt. Nous resterons sur les rails jusqu’au point final.»
  • Grégoire Leménager [5]- «Le moins qu'on puisse dire est que l'auteur de «Zone» a choisi sa focale, pour donner à l'obsession mémorielle de l'Occident sa forme la plus percutante. Remarquablement documenté, il tient le cap des premiers mots («tout est plus difficile à l'âge d'homme») jusqu'aux derniers («une dernière clope avant la fin du monde»). Son livre n'est pas un roman, c'est un train fantôme, peuplé de crimes contre l'humanité, de viols et d'écrivains aux pulsions violentes (Burroughs, Lowry, Joyce...). Malaparte ferait presque figure de collectionneur d'histoires drôles, dans cet effrayant convoi «dont le rythme vous ouvre l'âme plus sûrement qu'un scalpel» et qui peut dérailler à tout moment, bifurquant ici vers le massacre des moines de Tibéhirine dans «l'enfer algérien», et là vers la liquidation de tel ghetto juif, «l'agonie de Vukovar», ou les conditions du génocide arménien. Un cauchemar, alors? Sans doute, mais de première classe.»  
  • Critiques négatives par Juan Asensio [6]:  Vraie critique (sans ponctuation) en réponse à l'article de Christophe Claro. « Zone n'est pas un mauvais roman à vrai dire, un roman de gare ou plutôt un sérieux concurrent à quelque improbable Guide touristique consacré aux pays de la Méditerranée, un roman plutôt qui tente de tout dire et pour cela échoue mais absolument pas la révélation de cette rentrée [...]  les romans véritables ont toujours été accueillis dans la sidération et le secret [...] » . 
Dans un deuxième article sur son blog , Juan Asensio conclut « [...] Je fais la fine bouche, je peste et je rechigne, parce que ce roman, qui effectivement, à la différence de ce que les imbéciles ont écrit, ne révolutionne absolument pas la forme romanesque, est un double échec : d'abord dans son ambition même qui n'est point métaphysique (voyez ma prudence, je n'emploie pas le terme tabou, horrible, l'adjectif le plus infréquentable de la langue française : religieux), ensuite dans sa structure même qui est confusion (l'unité narrative, feinte, s'étirant, progressant entre deux points sur une carte), qui se sert de la confusion du monde pour plaquer la sienne, décrivant donc une réalité deux fois confuse, confondant la complexité et la complication. Zone n'est donc point la tentative d'organiser le chaos du monde, but et évidence de tout grand roman et, plus certainement, de l'art.[7]
   
  • Gilles Heuré  - Telerama [8] : « [...] Quitter Zone ? Sur le marchepied, le lecteur peut hésiter, reprendre courage et ­finalement demeurer dans ce train littéraire, qui l'emportera dans un voyage dont il ressortira les nerfs à vif, anéanti, mais persuadé qu'il a lu un livre qu'il n'oubliera pas. Ne rien oublier est d'ailleurs sans doute le thème de cette insaisissable histoire. [...] Plus qu'un roman, Zone est un spectacle tragique : sur scène, les chœurs antiques pleurent l'horreur du monde, et dans les gradins, à moins que ce ne soit du haut de l'Olympe, les dieux, grands manipulateurs, se régalent des passions humaines. [...]
  • Baptiste Liger - Lire[9]: «D'une ambition démesurée, cette Zone signée Mathias Enard déroute autant quelle fascine.[...]  Si Zone ne devait toutefois avoir qu'un seul parrain, ce serait Guillaume Apollinaire. «Le titre vient bien sûr de son poème homonyme - "A la fin tu es las de ce monde ancien..." Une grande partie des thèmes du poème - la modernité, la technique, le christianisme ou même la décapitation - se trouvent dans mon livre.» Présenter ce texte semble d'ailleurs un défi digne de l'exégèse d'Alcools, tant les éléments narratifs se chevauchent, les degrés de lecture s'entrelacent  un peu comme des voies de chemin de fer à l'approche d'une grande gare.»
  • Alain Nicolas - L'Humanité [10]: Comme Schliemann décapant, enceinte après enceinte, les neuf cités de Troie, Francis Servain Mirkovic parcourt le lac de sang Méditerranée. [...] Le trajet de Milan à Rome aujourd’hui condense ainsi à la fois l’itinéraire de tout « l’âge d’homme » du narrateur, et tout ce que l’histoire, la littérature et la mythologie ont accumulé depuis que la guerre existe. Comme Virgile reprenant le matériau laissé par Homère, il pourrait lui aussi dire : « Je chante les armes et les hommes. » Mais son chant, s’il décrit parfois les dieux et héros de l’épopée, est le plus souvent celui d’un monde désenchanté. Les hommes y sont parfois ces magnifiques guerriers solaires célébrés par les poètes. On y verrait plutôt aujourd’hui des bouchers hallucinés. Mais l’ordinaire est plutôt le monde des massacreurs pragmatiques, des trafiquants cupides. [...] Le récit de Francis Servain se peuple ainsi d’écrivains et de soldats. Butor, évidemment, celui de la Modification ou du Passage de Milan. Hemingway, Malaparte, Orwell. Ou le Catalan Francesc Boix, déporté à Mauthausen, ami de Marie-Claude Vaillant-Couturier, reporter à l’Humanité, dont l’étrange destin fut de prendre des photos pour les autorités du camp. [...] On est emporté dans ce train qui va vers la fin du monde, et cette méditation sur la violence et sa possible fin devient la nôtre, et fait de cette lecture un moment inoubliable.

  • Antonio Werli  "une dernière clope avant la fin du monde ." - au sujet de Zone de Mathias Enard - « [...] Zone fait vibrer brillamment la corde tragique de l’existence et est parvenu à me tirer des nœuds d’émotion à sa lecture - je crois bien ne pas être le seul. Il donne à lire une époque confuse, saturée, excessive, absurde, illusoire, tente de dire tout et échoue certainement, en quelque sorte, pourtant ce n’est pas du tout un échec mais bien une réussite car aussi l’époque elle-même échoue dans sa tentative de dire tout, d'être tout, de devenir tout aimerais-je ajouter, dans sa tentative de s’affranchir du tragique plus que jamais alors même que celui-ci revient (retourne) au galop avec une cravache toujours plus cinglante.[...]» 
  •        

Fiche

* " Zone "  Roman écrit par Mathias Enard
* Paru le : 20 Août 2008
* Thématique : Littérature - Littérature française
* Éditeur : Actes Sud, Arles (Bouches-du-Rhône)
* Collection : Domaine français
* Reliure : Broché
* Description : 516 pages; (24 x 15 cm);
* ISBN : 978-2-7427-7705-1
* EAN13 : 9782742777051



Bibliographie


Liens externes



Traduction anglaise 


La traductrice est Charlotte Mandell ( qui a traduit les Bienveillantes de Jonathan Littell ) ; 

« With Zone, the challenge is to reproduce the style of the narrator’s stream-of-consciousness:  the novel is written around one long sentence, and I need to keep the reader’s undivided attention in English in the same way that the French does – it’s a sort of breathless, urgent, spontaneous, but also deeply erudite style that works wonderfully well in the original.  I hope I can maintain that momentum in English – when you’re reading it you feel as if you’re on the train with the narrator, being pulled inexorably toward some unknown goal.»


References

  1. Extrait plus long sur le site d'Acte Sud
    Actes Sud
  2. Anne Crignon , - Le choix des libraires / «Zone » prioritaire - Le Nouvel Observateur - n° 2285 ( 21 au 27 août 2008) , page 78
  3. Librairie La Réserve Mantes la Ville 78711
  4. Pierre Assouline - Ceux qui l'aiment prendront ce train - le 05 septembre 2008
    Blog La République des Livres
  5. Grégoire Leménager - Voyage en enfer - BibliObs.com
    http://bibliobs.nouvelobs.com/2008/09/05/voyage-en-enfer
  6. Zone de Mathias Énard
    Juan Asensio - Blog Stalker
  7. Zone de Mathias Enard (2) Mais qu'est-ce donc que la zone ?
    Juan Asensio - Blog Stalker
  8. Gilles Heuré , Télérama n° 3062 ; 20-09 -2008
    Critique de Zone dans Télérama
  9. Baptiste Lier , Comme sur des rails , Lire n°368 , septembre 2008 , page 48
    Critique de Zone dans Lire
  10. Alain Nicolas , La guerre , une phrase sans fin , l'Humanité du 11 septembre 2008
    Critique de Zone dans l'Humanité

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Lyonel Baum
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