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Arret du tabac

Trois types d'approche

By

Luc DUSSART

VALOR Consultants
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Fumer quelques cigarettes crée vite une forte dépendance dont il n'est pas aisé de s'affranchir : à défaut que ce soit à chaque fois difficile, la récidive est fréquente. Le désir sincère de redevenir non fumeur est le premier facteur de succès. Différentes approches facilitent le processus :

1- La prise en charge médicale est à recommander aux fumeurs malades. Elle recommande généralement des palliatifs pharmaceutiques dits d'aide au sevrage.
2 - L'arrêt franc sans aide de confort est la solution retenue par 90 % des fumeurs qui ont réussi à s'affranchir durablement du tabagisme.
3 - Diverses méthodes alternatives pour en finir avec la cigarette sont aussi envisageables, malgré des difficultés à les évaluer de façon scientifique.

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« Un des mythes de notre profession semble être que pour un problème médical donné,
il y a
une réponse biologique correcte, que le médecin seul est capable de connaître et de délivrer.

En réalité, pour la plupart des problèmes médicaux, il y a plusieurs options
(dont l’une consiste à ne rien faire), plus ou moins pertinentes, coûteuses, et risquées.
L’option choisie reflète l’échelle de valeurs et les croyances du décideur.
Quand le médecin prend seul la décision, l’intéressé est mal servi... »
T.A. Preston

1 - Arrêt franc

La méthode classique consiste a éteindre une dernière cigarette en étant intimement convaincu et déterminé pour ne plus jamais en rallumer une. L'arrêt franc est la voie choisie avec succès par plus de 9 anciens fumeurs sur 10 [1]. C'est aussi la plus économique puisque se dispensant de la continuation de l'achat de cigarette comme de tout adjuvant à l'efficacité douteuse.

Les fumeurs qui arrêtent de façon franche acceptent en général de passer quelques jours désagréables : les symptômes bizarres et parfois déstabilisants sont temporaires et bénins. Il n'y a pas de risque à cesser le tabagisme. Passés huit jours sans apport de nicotine quelle qu'en soit la forme, les envies de fumer sont devenues occasionnelles et se surmontent de plus en plus aisément : on ressent très vite les bénéfices de l'arrêt.

Ce procédé appelé en anglais cold turkey prend en compte le fait que le désir de cigarette restera durablement gravé en mémoire : on ne peut faire l'économie d'apprendre à y faire face, ce à quoi oblige l'arrêt franc, pour prévenir la récidive. Ce désir est une pensée qui peut se formuler ainsi : "si je fume, je vais éprouver du plaisir". Chez la personne devenue dépendante au tabagisme, fumer soulage quelque temps un manque imperceptible subjectivement perçu comme une souffrance ou une frustration. Ce désir se manifestant des mois ou même des années après la dernière bouffée, le risque de récidive si l'on y cède - ne serait-ce qu'une fois - est élevé. À cause de phénomènes de sensibilisation et comme avec d'autres addictions, il convient de savoir qu'une bouffée y suffit  à récidiver.

C'est pourquoi la probabilité d'arrêt durant un an, sans aide, est de l'ordre de 3 à 5 % [2]. La première tentative est rarement couronnée de succès. Un bon état d'esprit et la libre décision d'en finir avec la cigarette sont probablement les premiers facteurs de réussite [3].

2 - Prise en charge médicale

A défaut d'être en soi une maladie, le tabagisme est un important facteur de risque pour la santé : c'est la raison pour laquelle nombre de professionnels de santé sont mobilisés pour sa prohibition. La nicotine étant liée à l'apparition de la dépendance, différentes formulations de dérivés nicotiniques permettant de réduire la sensation de manque durant la période dite de sevrage ont été développées. Ces produits palliatifs sont en vente en pharmacie devant le comptoir en France. Des traitements pharmacologiques sur ordonnance agissant sur le cerveau ont obtenu l'autorisation de mise sur le marché en vue de l'arrêt du tabagisme : bupropion, varénicline, etc.

Il est fait l'hypothèse que les deux à trois mois du traitement permettront au fumeur de rompre progressivement avec sa dépendance psychologique.
Un accompagnement dans la durée est accessible dans des centres de tabacologie spécialisés (545 en France mi 2008) [4] ou auprès d'autres prestataires compétents.

Ces prises en charge médicamenteuses ont été validées scientifiquement avec des méthodologies expérimentales particulières : sélection des participants, groupe contrôle, tirage au sort, médicament placebo ou de référence (et toujours médicament), double insu, etc. Des recommandations de pratique s'imposent aux professionnels de santé [5]. Dans tous les cas, une aide médicamenteuse bénéficiera d'une prise en charge des composantes psychologiques de la dépendance, qui constituent les principales causes de reprise. C'est avec une telle aide que les tests cliniques sont effectués.

Globalement la probabilité de réussite rapportée à un an est de l'ordre de 12 %, soit un peu plus qu'une chance sur dix. Avec un suivi intensif (4 à 6 heures en groupe ou avec une thérapie comportementale et cognitive durant plusieurs mois), le taux de succès à l'horizon d'un an peut dépasser une chance sur quatre [6]. Au delà des 12 premiers mois d'abstinence, la probabilité de récidive reste importante : 30 % [7]. Il conviendra donc de rester vigilant et totalement abstinent.

3 - Méthodes alternatives

 
Il est possible d'éviter les prises de poids catastrophiques, de réduire l'agressivité ou l'obsession de l'envie de fumer, etc. en prenant connaissance des mécanismes insidieux de la dépendance contre lesquels il convient de reconnaître que la volonté est généralement inefficace. Retrouver la liberté de ne pas fumer résulte d'un processus d'apprentissage, non d'une bataille contre soi-même et son passé.

De nombreuses autres méthodes sont depuis longtemps utilisées pour arrêter de fumer :
  • hypnose,
  • acupuncture,
  • formations en groupe,
  • conseil par téléphone,
  • auto-formation (comme la lecture de ce knol),
  • etc.
Ces approches ne sont pas validables rigoureusement à l'aide de la science expérimentale, puisque ne relevant pas de la médecine. Ceci n'implique pas qu'elles soient plus médiocres dans la vraie vie pour les fumeurs en bonne santé : l'absence de preuve médicale ne prouve pas qu'elles ne fonctionnent pas et leurs promoteurs ne sont pas tous des bonimenteurs.

Des statistiques pour ces méthodes alternatives peuvent exister au cas par cas sans qu'il soit possible de généraliser. Le taux de réussite varie en fonction du public (d'abord), de l'intervenant et de la qualité de la relation de confiance qu'ils établissent entre eux. Dans certains cas il est rapporté une moyenne de réussite supérieure à une chance sur deux : il semble que ce soit  actuellement un plafond [8].

4 - Les bénéfices de l'arrêt

Les économies - pouvant atteindre 10 % de son budget mensuel - et la réduction des risques pour sa santé sont des bénéfices majeurs. Il est avantageux de ne pas les mettre au premier plan cependant : ce sont des conséquences mais pas des motivations pouvant servir de ressort psychologique pour prévenir la récidive.

Les bénéfices de l'arrêt se ressentent rapidement : meilleure capacité respiratoire, plus d'entrain et de forme physique, goût retrouvé (notamment pour les mets délicats), meilleure humeur, sentiment de libération d'une dépendance pesante, fierté, etc.
En pratique chacun sera plus sensible à tel avantage physique ou affectif plutôt qu'à un autre. Quoi qu'il en soit il peut être remarqué qu'aucun fumeur ayant fait l'effort de se libérer durablement de sa dépendance n'envisage, lorsque
la question lui est posée, de reprendre un jour le tabagisme : c'est la meilleure preuve que l'arrêt du tabac améliore son bien-être tout au long de la vie.

5 - Plus d'information


Ouvrages

Un nouvel ouvrage est édité chaque mois en français. La diversité des approches est un signe qu’il reste encore de trouver une solution efficace… Les ouvrages les plus vendus (en France en 2008 par prix décroissant) sont :

  • Pr R. Molimard : Petit manuel de défume (Sides, 2007 ; 11 €)
  • B. Comby : Libérez-vous du tabac (J'ai Lu, 2004 ; 7,06 €)
  • A. Carr : La méthode simple pour en finir avec la cigarette (Ed. Pocket Evolution ; 6,08 €)

Sites internet


Liens d'intérêt

Voir le profil de l'auteur.

[Maj : 17 août 2008]

References

  1. American Cancer Society - (pdf, 540 KØ);
    Cancer facts and figures, 2003
  2. À préciser
  3. Falomir-Pichastor J.M. & Mugny G.; Société contre fumeur, Grenoble, PUG, 2004
  4. Office de Prévention du Tabagisme;
    Annuaire des consultations de tabacologie
  5. Haute Autorité de Santé, janvier 2007;
    Stratégies thérapeutiques d'aide au sevrage tabagique : efficacité, efficience et prise en charge financière
  6. CMAJ, 15 juillet 2008, Eisenberg & al.
    Pharmacotherapies for smoking cessation: a meta-analysis of randomized controlled trials
  7. Etter J-F., Stapleton J. A.; Tobacco Control 2006;15:280-285
    Nicotine replacement therapy for long-term smoking cessation: a meta-analysis
  8. Moshammer H. & Neuberger M. Addictive Behaviors, july 2007;32:1486-93
    Long term success of short smoking cessation seminars.

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Version: 13 Last edited: Aug 17, 2008 11:51 AM.

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