1 - Trois façons d'arrêter le tabac
Fumer quelques cigarettes crée vite une forte dépendance dont il n'est pas aisé de s'affranchir : à défaut que ce soit difficile à chaque fois, la récidive est fréquente. Le premier facteur de succès est la sincérité du désir de redevenir non fumeur ; le deuxième sans doute la confiance qu'il a dans son succès ; le troisième est peut-être le fait qu'il cesse librement, parce que telle est sa décision personnelle.
Différentes approches facilitent le processus :
Différentes approches facilitent le processus :
- L' arrêt franc sans aide de confort est la solution retenue par 90 % des fumeurs qui ont réussi à s'affranchir durablement du tabagisme.
- La prise en charge médicale est à recommander aux fumeurs malades. Elle est généralement associée à l'usage des palliatifs pharmaceutiques dits d'aide au sevrage.
- Différents remèdes alternatifs pour en finir avec le tabagisme sont aussi envisageables, malgré l'impossibilité de les évaluer de façon scientifique.
2 - Arrêt franc
La façon de réussir la plus courante consiste a éteindre une cigarette sur un 'coup de coeur', sans contrainte particulière, en étant intimement convaincu et déterminé pour que ce soit définitivement la dernière. L'arrêt franc est la voie choisie avec succès par plus de 9 anciens fumeurs sur 10 [1]. C'est aussi la démarche la plus économique puisque se dispensant de la continuation de l'achat de cigarette comme de tout adjuvant à l'efficacité douteuse. Le bon moment pour cesser le tabagisme est le moment où l'on passe à l'acte : l'arrêt franc est souvent réalisé de façon imprévue, ce qui ne nuit pas à son efficacité, au contraire !Les fumeurs qui arrêtent de façon franche s'attendent en général à passer quelques jours désagréables. Les symptômes bizarres et parfois destabilisants sont temporaires et bénins pour les fumeurs en bonne santé générale : dans le cas contraire, il est recommandé de solliciter l'avis d'un professionnel de santé. Passés huit jours sans apport de nicotine quelle qu'en soit la forme, les envies de fumer sont devenues occasionnelles et se surmontent de plus en plus aisément : on ressent très vite les bénéfices de l'arrêt.
Une tentation est une pensée qui peut se formuler ainsi : "si je fume, je vais éprouver du plaisir". Chez la personne devenue dépendante au tabagisme, fumer soulage quelque temps un manque imperceptible subjectivement perçu comme une souffrance ou une frustration. Les tentations pouvant se manifester des mois ou même des années après la dernière bouffée, le risque de récidive si l'on y cède ne serait-ce qu'une fois est proche de 100 %. On le sait : une bouffée y suffit à récidiver à cause de phénomènes de sensibilisation, comme avec d'autres addictions. À cause de ces faiblesses passagères, la probabilité d'arrêt durant un an, sans aide, est de l'ordre de 3 à 5 % [2]. La première tentative d'arrêt est rarement couronnée de succès. Un bon état d'esprit et la libre décision d'en finir une bonne fois pour toutes avec la cigarette sont probablement les premiers facteurs de réussite [3].
2 - Prise en charge médicale et pharmacologique
| « Un des mythes de notre profession semble être que pour un problème médical donné, il y a une réponse biologique correcte, que le médecin seul est capable de connaître et de délivrer. En réalité, pour la plupart des problèmes médicaux, il y a plusieurs options (dont l’une consiste à ne rien faire), plus ou moins pertinentes, coûteuses, et risquées. L’option choisie reflète l’échelle de valeurs et les croyances du décideur. « Quand le médecin prend seul la décision, l’intéressé est mal servi... » Dr T.A. Preston |
Il peut être recommandé aux fumeurs malades de consulter un professionnel de santé avant l'arrêt. Il existe deux grandes classes de pharmacothérapies d'aide au sevrage tabagique :
- les substituts nicotiniques,
- les médicaments d'aide au sevrage.
Ces prises en charge médicamenteuses ont été validées scientifiquement avec des méthodologies expérimentales particulières : sélection des participants, groupe contrôle, tirage au sort, médicament placebo ou de référence (et toujours médicament), double insu, etc. L'écart entre les résultats obtenus et ceux constatés sur le terrain peut être important et reste à expliquer.
La nicotine étant liée à l'apparition de la dépendance, différentes formulations de dérivés nicotiniques permettant de diminuer la sensation de manque durant la période dite de sevrage ont été autorisées. Ces produits palliatifs sont en vente libre en pharmacie.
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| Molécule Varénicline |
Des traitements pharmacologiques sur ordonnance agissant sur le cerveau ont aussi obtenu l'autorisation de mise sur le marché en vue de l'arrêt du tabagisme : bupropion, varénicline, etc. Un accompagnement dans la durée est accessible auprès des prestataires et dans des centres de tabacologie spécialisés (645 en France en 2008) [4] .
Des recommandations de pratique s'imposent aux professionnels de santé [5]. Dans tous les cas, une aide médicamenteuse bénéficiera d'une prise en charge des composantes psychologiques de la dépendance, qui constituent les principales causes de reprise. C'est avec une telle aide que les tests cliniques sont généralement effectués.
Globalement la probabilité de réussite rapportée à un an est de l'ordre de 12 % à 16 %, soit un peu plus qu'une chance sur dix. Avec un suivi intensif (4 à 6 heures en groupe ou avec une thérapie comportementale et cognitive durant plusieurs mois), le taux de succès à l'horizon d'un an peut atteindre une chance sur quatre [6]. Au delà des 12 premiers mois d'abstinence, la probabilité de récidive reste importante : 30 % [7]. Il conviendra donc de rester vigilant et totalement abstinent.
3 - Remèdes alternatifs
Il est possible d'éviter les prises de poids catastrophiques, de réduire l'agressivité ou l'obsession de l'envie de fumer, etc. en prenant connaissance des mécanismes insidieux de la dépendance contre lesquels il convient de reconnaître que la volonté est généralement inefficace. Retrouver la liberté de ne pas fumer résulte d'un processus d'apprentissage, non d'une bataille contre soi-même et son passé.
De nombreuses autres méthodes sont depuis longtemps utilisées pour aider à l'arrêt du tabagisme :
- hypnose,
- acupuncture,
- formations en groupe ou à distance,
- conseil par téléphone,
- thérapie comportementale et cognitive (TCC)
- auto-formation (comme la lecture de ce knol ou l'aide en ligne [8]),
- etc.
Des statistiques pour ces méthodes alternatives peuvent exister au cas par cas sans qu'il soit possible de généraliser. Le taux de réussite varie en fonction du public (d'abord), de l'intervenant et de la qualité de la relation de confiance qu'ils établissent entre eux. Dans certains cas il est rapporté une moyenne de réussite supérieure à une chance sur deux : il semble que ce soit actuellement un plafond [9] pour une tentative.
4 - Les bénéfices de l'arrêt
Les économies - pouvant atteindre 10 % de son budget mensuel - et la réduction des risques pour sa santé sont des bénéfices majeurs. Il est avantageux de ne pas les mettre au premier plan cependant : ce sont des conséquences mais pas des motivations pouvant servir d'étayage psychologique pour prévenir la récidive.Les bénéfices de l'arrêt peuvent se ressentir rapidement : meilleure capacité respiratoire, plus d'entrain et de forme physique, goût retrouvé (notamment pour les mets délicats), sentiment de libération d'une dépendance pesante, fierté, etc. Mais cela dépend de chacun. En pratique chacun sera plus sensible à tel avantage physique ou affectif plutôt qu'à un autre. Quoi qu'il en soit il peut être remarqué qu'aucun fumeur ayant fait l'effort de se libérer durablement de sa dépendance n'envisage, si la question lui est posée, de reprendre un jour le tabagisme : c'est la meilleure preuve que l'arrêt du tabac améliore son bien-être pour le restant de sa vie.
5 - Plus d'information
Ouvrages
Des dizaines d'ouvrages sont édités en français. La diversité des approches est un signe qu’il reste encore de trouver une solution efficace…Les ouvrages les plus vendus (en France en 2008 par prix décroissant) sont :
| Pr R. Molimard | Petit manuel de défume | Sides, 2007 | 11 € |
| Dr J. Pieri | Arrêt du tabac : attention aux dangers ! | Le cherche midi, 2008 | 10 € |
| B. Comby | Libérez-vous du tabac | J'ai Lu, 2004 | 7,06 € |
| A. Carr | La méthode simple pour en finir avec la cigarette | Ed. Pocket Evolution | 6,08 € |
Sites internet indépendants
- Unairneuf.org Actualités des remèdes au tabagisme
- Stop-tabac.ch Un site de l'Université de Genève
- @unairneuf Groupe de soutien sur Twitter
- Atoute.org Forum Arrêt du tabac
Du même auteur
Knol Faire face aux envies de fumerLiens d'intérêt
Voir le profil de l'auteur. < Dernière mise à jour : 25 février 2009>
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Références
- American Cancer Society - (pdf, 540 KØ);
Cancer facts and figures, 2003 - Hughes, John R.; Keely, Josue; Naud, Shelly; Addiction. 99(1):29-38, January 2004.
Shape of the relapse curve and long-term abstinence among untreated smokers - Falomir-Pichastor J.M. & Mugny G.; Société contre fumeur, Grenoble, PUG, 2004
- Office de Prévention du Tabagisme;
Annuaire des consultations de tabacologie - Haute Autorité de Santé, janvier 2007;
Stratégies thérapeutiques d'aide au sevrage tabagique : efficacité, efficience et prise en charge financière - CMAJ, 15 juillet 2008, Eisenberg & al.
Pharmacotherapies for smoking cessation: a meta-analysis of randomized controlled trials - Etter J-F., Stapleton J. A.; Tobacco Control 2006;15:280-285
Nicotine replacement therapy for long-term smoking cessation: a meta-analysis - http://stop-tabac.ch
/
stop-tabac.ch - Moshammer H. & Neuberger M.
Addictive Behaviors, july 2007;32:1486-93
Long term success of short smoking cessation seminars.









Harald Markus
Inviter en tant qu'auteur
Rauchfrei durch Hypnose
Nur wenn das Unterbewusstsein mitspiel ist eine Raucherentwöhnung erfolgreich.
Harald Markus Bochum, Germany
www.haraldmarkus.de
Dominique Dupagne
Inviter en tant qu'auteur
Préméditation
Il ne saurait bien sûr y avoir de règle absolue, chaque expérience a son propre terrain, terrain addictif notamment. Moi j'ai arrêté spontanément, sans aide, sans rien, pas même une prise de poids après une dizaine de tentatives 'volontaires' : et c'est - non pas la tentative mais un acte irréfléchi - qui m'a permis l'affranchissement de la dépendance. Cela est marquant et je m'efforce de faire partager cette expérience au plus grand nombre avec des moyens 'habiles'.
Je préconise l'arrêt franc pour plusieurs raisons. Dans le knol 'Faire face aux envies de fumer', je cite cette référence :
West R. & Sohal J.; BMJ 332 (7539): 458-460
"Catastrophic" pathways to smoking cessation: findings from national survey
(Les arrêts improvisés sont plus sûrs)
Cette étude de West est intéressante car elle remet précisément en question cette histoire de planifier une date, etc. La raison sous-jacente, comme Molimard l'a bien montré, est que cette démarche fait appel à la VOLONTÉ, et que le volonté n'est pas le meilleur chemin. Il est rempli de souffrances dont on peut - on doit - faire l'économie. La volonté n'est pas efficace, comme je l'explique dans le knol cité. Pour ma part je n'ai même pas décidé, après 30 ans de tabagisme, de cesser de fumer, ni Molimard : lorsque nous l'avons fait, nous étions 'prêts'. Qu'est-ce que cela veut dire ?
Cela veut dire que ce qui est opérant, c'est l'inconscient. C'est avec l'inconscient que l'on cesse de fumer. Mon travail est de faire murir et nourrir cet inconscient. Faire murir en levant les blocages (les illusions sur le plaisir qu'il y aurait à fumer) et aussi en fournissant à l'inconscient ce dont il a besoin pour faire son œuvre. Il est prêt à aider mais ne sait pas bien comment s'y prendre. Ceci peut lui être communiqué avec différentes techniques dont la plus puissante est probablement l'hypnose, mais j'en utilise d'autres et il y a certainement beaucoup d'approches et techniques psychologiques variées pour y parvenir. La mienne permet de prévenir l'écueil des humeurs dépressives au décours du sevrage et après.
Un client m'a raconté une anecdote : durant son sevrage il rêve qu'il fume, ce qui est courant (cela m'est arrivé). Et tel un chevalier blanc, dans son rêve, un geste mental que je lui ai enseigné et qu'il a répété de façon consciente est venu à son secours. La tentative fut évidemment réussie et une fois que l'inconscient a pris les manettes de l'affranchissement de la dépendance, on peut lui faire confiance de façon totale. Le taux de rechute avec ces techniques que je nomme 'psycho-cognitives' est très faible : entre 3 mois date d'arrêt et un an ~ 10 % selon l'étude de Neuberger par ex. ce qui est excellent. Je pense même que l'on peut faire mieux et faire en sorte que des personnes ayant rechuté à 3 mois soient abstinentes à un an sans nouveau traitement ni accompagnement : quand on a appris, quand l'inconscient sait comment s'y prendre, alors il peut y avoir d'autres créneaux d'opportunité, impulsifs comme tu dis. En psychologie on parle d'insight, de révélation. C'est ceci qu'il faut susciter.
Un avantage des approches non volontaires est l'absence de frustration : le sevrage se fait quasiment sans effets secondaires même avec d'anciens et gros fumeurs, il n'y a pas de compensation alimentaire se traduisant par des prises de poids catastrophiques, etc.
Non décidément, l'arrêt franc, non contraint (un coup franc au football est un tir libre, non contraint) est la voie royale de l'arrêt. Une autre preuve ? Les fumeurs atteints par une des conséquences néfastes du tabagisme (BPCO, dépression, etc.) ont beaucoup de mal à arrêter de fumer : la contrainte d'avoir à le faire, paradoxalement, ne les aide pas. De la même façon, si c'est un proche parent qui est malade : c'est un réel handicap. J'ai invité un jour un fumeur à remettre sa tentative à après le décès de son père atteint d'un cancer du poumon, source d'un profond souci. On a tout intérêt à lever ces contraintes, ces pressions, qui mettent en branle des mécanismes conscients et volontaires contre-productifs.
De toute façon, on ne combat pas un désir avec une interdiction. Au contraire, on donne de la puissance à ce désir impossible, l'envie de refumer. Il y a mieux à faire.
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Luc DUSSART
Merci de noter ***** ce Knol avant de le quitter !