Faire face aux envies de fumer

Apprendre à prévenir la rechute

Passée l'initiation au tabagisme, une envie de fumer peut avoir quatre origines :
1 - satisfaire un manque,
2 - satisfaire une tentation,
3 - faire cesser des symptômes de sevrage,
4 - un geste machinal.

Dans tous les cas, il convient d'apprendre à y faire face si l'on souhaite mettre un terme à sa dépendance. Cet article sans ambition scientifique vise à être pratique.


1 - Envies de tabac : la dépendance physique

Avertissement : Dès lors que l'usage de timbres transdermiques à la nicotine ne crée pas de dépendance, le rôle précis de la nicotine est scientifiquement l'objet de débats. À défaut de modèle scientifiquement établi, nous avons supposé ici que seule la nicotine joue un rôle dans la dépendance physique. Cette hypothèse est probablement inexacte.

Fumer du tabac stimule et relaxe

La nicotine contenue dans le tabac stimule le système cérébral et notamment le système de récompense, celui qui nous fait éprouver du plaisir à des comportement vitaux comme manger ou faire l'amour. Elle compense un sentiment d'apathie : la récidive accompagne parfois des moments d'ennui ou de déprime. La nicotine a aussi un petit effet stimulant sur les muscles et est un facteur d'éveil : ceci est connu des chauffeurs routiers aux longues heures de trajet.

Par un mécanisme assez paradoxal, la cigarette relaxe tout en stimulant. En réalité, quand on analyse avec détail les effets du tabagisme, ils semblent à tout moment soulager le fumeur dépendant, quelles que soient les circonstances.
Il y a donc toujours une  bonne excuse pour fumer quand on est dépendant.

Le plaisir à fumer est 'mini' ; le déplaisir à ne pas pouvoir le faire : 'maxi'

Fumer soulage

Avez-vous remarqué que l'évocation du 'plaisir' qu'il y a à fumer est d'autant plus fréquente que la personne qui l'affirme n'est pas dépendante ? 

Il semble que la période pendant laquelle le plaisir justifiait la consommation soit depuis longtemps reléguée dans un passé lointain si vous lisez cet article... En outre, si le tabagisme apporte quelques effets positifs (stimulation, relaxation, concentration, occupation...), l'absence de ces sensations est très rarement le facteur de récidive après l'arrêt (5 à 10 % des cas selon les études). En ce sens le tabac n'est pas une 'drogue'.

La nicotine est un produit psychoactif dont le manque est - physiquement - imperceptible.

L'impossibilité de fumer se manifeste par une tension que le fumeur régulier de tabac connait bien et qu'il lui est désagréable de ne pas compenser durant la période dite de sevrage. Il n'a aucun doute sur son emprise sans cependant ressentir de douleur physique localisée dans le corps. Nous n'avons pas de sensation de douleur due au manque de nicotine dans le cerveau : des messages sont cependant émis afin que cette souffrance interne, assimilée à un besoin vital, soit rapidement gommée par un apport de tabac.

Il est plausible et avantageux d'accepter que fumer ne provoque pas de réel 'plaisir' mais soulage d'un 'déplaisir'.

Nicostat : un mécanisme automatique de régulation

Variation du taux de nicotine dans la journée
avec 16 cigarettes (INSERM, 2004)

Pourquoi ce déplaisir ? Parce que le système cérébral a été très régulièrement arrosé de nicotine depuis une première fois et qu'à chaque fois la nicotine est rapidement éliminée. Son taux dans le sang est passé en dessous d'un seuil 'de confort'. Ce seuil de confort est propre à chacun et peut aussi varier suivant les circonstances, suivant que l'on est fortement stimulé ou pas (par ex. lors de fête).

En devenant dépendant, tout se passe comme si le fumeur installe un régulateur automatique de la présence de nicotine dans le cerveau, comme il y a régulation  automatique des fonctions vitales. Le thermostat étant un régulateur de la température, par analogie nous appelons  cette fonction : 'nicostat'.

Il est généralement admis que l'on a perdu la liberté de fumer dès lors que l'on fume quotidiennement, ne serait-ce qu'une seule fois : on s'est alors fabriqué un nicostat cérébral.

    • Une fois la dépendance installée, le besoin de fumer est similaire à une fonction vitale que la volonté ne peut durablement contrôler ;
    • La journée de veille s'écoule en alternant périodes de confort nicotinique et périodes de manque. Le manque induit un déplaisir qui est soulagé par une nouvelle consommation ;
    • La nicotine est rapidement éliminée du sang : sa concentration dans le sang est divisé par deux en deux heures ;
    • la dépendance étant une caractéristique binaire : la présence ou non du nicostat. Chez les personnes à seuil de confort élevé, le nicostat réclame dès l'éveil une titration de nicotine ; d'autres peuvent attendre plusieurs heures, voire jusqu'au soir. Elles sont aussi "dépendantes", seule la fréquence de consommation varie...
    • Comme une veilleuse, le nicostat ne réveille pas le fumeur dépendant durant son sommeil : l'intensité du signal est faible. La fréquence du signal décroit rapidement durant le sevrage, son intensité restant inchangée.

Les deux horizons de temps du besoin physique de fumer

Distinguons pour commencer trois phénomènes indépendants :

  • la durée d'émission d'un signal du nicostat,
  • la durée de fonctionnement automatique (ses réserves), et
  • les effets secondaires du sevrage que nous aborderons ensuite.

a) Durée d'émission d'un signal

Considérons la durée d'émission du signal signifiant : "il faut que je fume". Comme une sonnerie à l'école, la durée de cette pensée se compte en secondes, au maximum une (1) minute. En moins d'une minute, le cerveau est passé à une autre fabrication mentale, ce qu'il fait automatiquement sans que l'on sache bien en contrôler le débit. Sans rien faire, une 'envie' passe vite si on ne fait pas de fixation dessus après en avoir pris note (elle reviendra un peu plus tard, comme la sonnerie à l'école...).

b) Arrêt du fonctionnement automatique du nicostat après l'arrêt du tabagisme

Combien de temps la batterie du nicostat fonctionne t'elle ?
Nous disons trois semaines, comme Freud - fumeur notoire de cigares - le rapporte dans la correspondance à son médecin [1]. En moins de trois semaines sans fumer et sans aucun apport de nicotine sous quelque forme que ce soit, le nicostat est mis en mode veille : il restera en mode veille aussi longtemps que l'on ne le 'rallumera' pas, comme un équipement électrique. Attention : une seule bouffée y suffit, et pour tout le monde. Certains s'amusent à le vérifier : mauvais pioche, la rechute est automatique, car le nicostat est une fonction automatique, cablée comme du 'hardware' dirait-on en informatique. Le nicostat ne se déprogrammera qu'à son dernier souffle, ce n'est pas du logiciel pour filer l'analogie.

L'explication de la réserve relativement longue d'activité du nicostat comparé à la rapidité d'élimination de la nicotine peut être liée au stockage
des produits psychoactifs dans le corps, dans les muscles, dans les graisses ou ailleurs. Les trois semaines correspondraient alors au temps nécessaire à l'élimination de ces produits stockés. Ainsi il a été établi que le THC, le produit actif du cannabis, peut rester en réserve des mois, ce qui peut d'ailleurs fausser des tests en cas de relargage suite à un stress ou une émotion forte.

Cinquante envies de fumer à passer

Nous pouvons donc considérer deux horizons de temps au manque physique :

  1. l'envie immédiate, due à un besoin de stimulation cérébrale durant quelques secondes et,
  2. l'autonomie du nicostat, deux à trois semaines après l'arrêt.

Combien d'envies y aura t-il durant ces trois semaines de sevrage ? Si l'on a accepté sereinement et librement d'arrêter de fumer, il ne se crée pas d'obsession et le nombre total d'envies dues à la dépendance physique est de l'ordre de la cinquantaine. Cinquante envies de fumer à passer, la plupart durant la première semaine : ceci est très peu.

Chaque envie qui passe nous rapproche de la fin du sevrage. Au-delà de trois semaines, il n'y a plus de 'besoin' de fumer, seulement ce que nous nommons des 'tentations'.

Note : ceux qui pensent que le chiffre est supérieur doivent comprendre que c'est leur mental qui multiplie ces cinquante appels à l'approvisionnement en nicotine, pas leur fonctionnement physiologique. Si l'envie de fumer devient obsédante, la rechute est alors à l'horizon. Ceci peut être totalement évité, nous y revenons dans un autre document [2].

2 - La tentation de la cigarette : la dépendance psychologique

La majorité des récidives intervient au-delà de trois semaines, parfois sans raison connue. C'est parce que d'autres phénomènes interviennent. Quels sont-ils ?

L'empreinte de la dépendance physique

Il convient d'accepter que la nicotine est très appréciée par notre cerveau, par le système neurochimique dit de récompense notamment. Dès les toutes premières cigarettes, le souvenir de ces effets plaisants se grave physiquement en mémoire, résultant en la mise en place du programme automatique de régulation. Quelques cigarettes y suffisent : ainsi un jeune fumeur sur deux à 15 ans affirme avoir déjà échoué à une tentative d'arrêt. La nicotine est plus accrocheuse que l'héroïne ou la cocaïne...

Les personnes devenues dépendantes garderont cette empreinte cérébrale tout le restant de leurs jours : ce souvenir est aussi  indélébile que son premier amour. C'est la raison pour laquelle cela ne sera plus possible de revenir à la situation d'avant la dépendance, où l'on a pu apprécier le gout d'un cigare ou d'une cigarette particulière. Le tabagisme n'est pas une maladie dont on peut guérir mais résulte d'une dépendance qui restera présente même après des décennies d'abstinence, comme l'on se souvient toute sa vie de son premier amour. Pas de rémission possible, parce que le nicostat est un automate restant en mémoire : la volonté ne peut commander à cet automatisme dès lors qu'il est en fonctionnement, pas plus que l'on ne peut s'empêcher de faire battre son cœur ou respirer.

La pensée à la cigarette

Va t-on pour autant vivre des années avec une frustration latente, celle de ne plus avoir la liberté de fumer ? Liberté que l'on a définitivement perdue bien avant de s'en rendre compte, possiblement dans les trois mois de la toute première cigarette ? C'est  précisément cette frustration qui est la cause de beaucoup de difficultés, et notamment d'une compensation alimentaire.

Prenons une image. Gourmand, nous passons le long la vitrine d'un bon pâtissier. Les produits présentés font envie : on mangerait bien un gâteau, même sans faim, juste pour la gourmandise. Cette tentation est l'idée que l'on aurait du plaisir à déguster une pâtisserie appétissante, plaisir associé à nos souvenirs d'expériences similaires.

L'évocation du  plaisir de fumer est souvent associée - et confondue - avec le contexte agréable dans lequel on a fumé par le passé, lors de moments festifs par exemple. La cigarette a aussi marqué le cerveau de l'information que fumer procurait du plaisir : non, pas du plaisir forcément mais, très vite on l'a vu, la sensation de soulagement d'un déplaisir. Un 'plus'. Dans certaines circonstances, notamment lors d'émotions vives, le cerveau activera ce souvenir et génèrera une désir de cigarette. Cette tentation est purement mentale, comme précédemment de désir de pâtisserie n'était pas liée à une faim à assouvir, mais juste l'idée que ce serait agréable. Cette tentation est une pensée et peut  être traitée comme telle : la chimie, les béquilles médicamenteuses n'y peuvent rien, à moins d'un traitement palliatif à vie.

Les envies liées au déplaisir et une tentation se traitent de la même et unique façon : faire face.

Passées les trois premières semaines, le besoin de fumer (dépendance physique) étant désactivé, il ne saurait y avoir compensation d'un déplaisir ! Au-delà et pendant des années se manifesteront occasionnellement des 'tentations' qui ne sont que des idées fugaces. Le désir est l'idée l'on éprouverait un plaisir en adoptant un comportement, avec cette nuance que dans le cas de la cigarette ce n'est pas d'un plaisir significatif dont on doit s'abstenir mais surtout de la compensation d'un déplaisir... passé.

Note : les anciens et les non-fumeurs ne ressentent pas de manque, ce qui fait qu'il leur est si difficile de comprendre l'écueil  de la rechute, qu'ils prennent pour un manque de volonté.

Avoir appris à faire face aux envies protège des tentations

Le schéma suivant présente les deux périodes : le sevrage durant les premières semaines avec des envies fréquentes au début, puis la vie nouvelle de non-fumeur avec des tentations occasionnelles. La cessation du tabagisme comporte deux périodes.

Il est profitable de mettre à profit la cinquantaine d'envies dues à la dépendance physique
pour apprendre à faire face à l'inévitable tentation à venir et acquérir une immunité durable.

Si l'on ne s'y applique pas, une tentation peut nous faire récidiver, durant des années. Une bouffée suffit pour rechuter (cependant pour des raisons un peu longues à préciser ici le tabagisme passif ou involontaire n'est pas détereminant, il n'y a pas à fuir ses amis fumeurs quand on redevient non-fumeur ; il n'y a rien à changer dans sa vie, sauf allumer une cigarette).

Le confort des palliatifs de nicotine (gommes, timbres, inhaleur, tablettes, e-cigarette, etc.) inhibe l'apprentissage de la vie sans tabac : dans toute la mesure du possible il est préférable de s'en passer pour accroitre ses chances de réussite à terme. Dans la vraie vie et hors des contextes cliniques de test clinique contrôlé (pharmaceutique), il n'est pas avéré qu'ils augmentent les chances de succès quand bien même il est allégué qu'ils doublent les chances de succès. Ceci n'est vrai que comparé à un faux traitement (appelé placebo), mais personne n'achète de placebo dans une pharmacie. Aucun des arguments avancés pour les justifier n'est convaincant. Nous animons des formations à la gestion d'une envie et aidons à le faire en mobilisant ses ressources inconscientes, qui ont l'avantage d'être toujours là, prêtes à servir[2].

Le nicostat étant un automate, seul un autre automatisme similaire peut s'y substituer. La capacité à faire face  de façon automatique s'apprend et s'entraîne. Il se trouve que les envies initiales dues à la dépendance physique donnent l'occasion de ce nécessaire entraînement avec une fréquence accélérant l'acquisition : c'est durant le sevrage qu'il est avantageux de répéter la gestuelle mentale consistant à faire face. Les palliatifs de confort - commercialement et faussement appelés 'substituts nicotiniques' - qui permettent d'en faire l'économie laissent le fumeur dépendant à la merci d'une inéluctable tentation à laquelle il risque de ne savoir résister. Faire face est un savoir qui s'apprend.

La fréquence des envies décroit rapidement. Une envie de respirer - qui est est une nécessité vitale - va devenir de plus en plus pressante (et rappelée fréquemment) à mesure que l'on tente d'y résister. Le fumeur pense - naïvement - qu'il devrait en être de même avec les envies de fumer, de plus en plus insoutenables avec le temps.

Mais fumer n'est pas un besoin indispensable à la survie et il n'y a aucune raison d'avertir le fumeur qu'il met sa vie en danger en cessant de s'alimenter en nicotine. Il n'y a aucune raison de constater une fréquence croissante des envies durant le sevrage. Bien au contraire, la nicotine s'évacuant naturellement lors des premiers jours aboutit à une réduction rapide des signaux d'envie (cf. schéma, d'après [3]). Au huitième jour, le nombre d'envies est en moyenne déjà réduit à deux (2) dans une journée et cette fréquence continue de décroître rapidement encore ensuite. C'est supportable sans effort héroïque !

Faire appel à la volonté n'est pas fiable. L'exercice de la volonté la plus forte n'est pas une solution au contrôle durable du nicostat. Les circonstances de la vie font qu'à un moment ou à un autre la volonté sera fragilisée et l'on risque de succomber à la tentation : c'est humain. Seule la capacité à faire face de façon automatique procure une immunité durable : quelques semaines disciplinées à gérer ses pensées/envies/tentations permettent de l'établir.

Le tabagisme amortit les émotions

Savoir passer outre à une envie est nécessaire mais pas suffisant. Quand on analyse les raisons pour lesquelles on se trouve si régulièrement désarmé face à une tentation occasionnelle, on s'aperçoit que les rechutes ont le plus souvent lieu à des moments émotionnellement vifs. Ce peut être une émotion négative (déprime, colère, manque de confiance en soi dans la réussite, deuil d'un proche, soucis, peur, etc.) ou positive (la fête entre amis, après avoir fait l'amour). Il est certain que nous aurons à éprouver des émotions dans les semaines et les mois suivant l'arrêt : la vie est faite de ces hauts et de ces bas.

Il est probable que pour certaines personnes la cigarette agit comme un régulateur de la vie émotionnelle. Il est bon de savoir que statistiquement les hommes rechutent plus fréquemment lors d'humeurs positives (joie) alors que les femmes semblent plus sensibles à des humeurs négatives. Quoi qu'il en soit, la tentation arrive lors d'une circonstance où l'on ne dispose pas de toutes ses facultés habituelles, à un moment où notre conscience est perturbée.

Ceci est dû à une caractéristique de la nicotine : elle fonctionne comme un amortisseur d'humeurs, bonnes comme mauvaises. C'est la cause de redoutables envies de fumer en son absence pendant un temps qui se compte en trimestres ! Durant des années de tabagisme, nous avons pris l'habitude de réguler nos émotions en fumant ; dès lors que l'apport de nicotine a cessé, nous expérimenterons des humeurs vives, insupportables, tant que notre fonctionnement cérébral n'aura pas retrouvé ses paramètres standard d'avant le tabagisme, ce qui demande quelques mois. Nous disons en termes technique que la 'bande passante' des émotions à été réduite par la nicotine. Notre cerveau garde longtemps le souvenir que fumer du tabac résoudra une partie du problème posé par la circonstance. Les personnes ayant des difficultés à contrôler leurs émotions auront avantage à améliorer leur compétences dans ce domaine en préalable à un arrêt durable du tabagisme.
La nicotine dans cerveau régule les huemurs et les stimulations cérébrales, évite qu'elles soient trop fortes, dans toute situation vécue. Pour tout fumeur devenu dépendant, durant de longues années (!), le cerveau garde en mémoire que fumer est un fantastique amortisseur instantané d'émotions. Certaines personnes dépendantes auront des difficultés à se passer de cette béquille, tout en connaissant sa nocivité à terme.

3 - Pour faire cesser les symptômes du sevrage

Arrêter de fumer active le plus souvent des symptômes de sevrage : insomnie, anxiété, irritabilité ou agitation, difficultés de concentration, aggravation de la toux, fringale, état de faiblesse ou contoneux, humeur triste, etc. Le fumeur est devenu tolérant au poison, s'y est habitué : il lui faut s'en désaccoutumer. Fumer fera disparaître les symptômes, tous et instantanément. Avec la conséquence que l'on sait : réactivation instantanée et automatique du 'nicostat' et donc récidive durable[4]. Une bouffée suffit : un petit signal dans le cerveau et des mois ou des années de dépendance sont réenclenchés : c'est comme appuyer sur le bouton [ON] d'un appareil électrique, toucher une fois suffit.

L’influence des stimuli environnementaux et du désir est bien plus importante que les troubles physiques dus au sevrage : ceux-ci ne sont que transitoires et n’expliquent qu’une minime proportion des récidives[5].
Les syndromes de sevrage constituent en fait un excellent alibi à un manque de motivation, d'attention ou de détermination, ainsi qu'aux troubles de nature psychologique qui les amplifient.

Dessin de Jean Cocteau
Le rééquilibrage du fonctionnement du métabolisme sans les apports réguliers des produits contenus dans la fumée de cigarette - tabac, additifs, produits de combustion - entraine souvent des effets secondaires : constipation, sommeil perturbé, etc. Ces effets secondaires, à distinguer du manque physique, sont en général bénins. Leur point commun est un caractère surprenant, nouveau et déstabilisant : c'est parfois un bien mauvais moment à passer, quelques jours (équivalent à un gros rhume) à comparer aux milliers de jours passés à fumer. Étant entendu qu'un rhume se soigne en 7 jours, ne pas hésiter à consulter un médecin si les symptômes persistaient au-delà.
Comme lors de tout sevrage ou séparation sentimentale,
des humeurs dépressives peuvent survenir plusieurs semaines après la cessation du tabagisme.  Dans certains cas - traitement en cours, antécédents neuropsychiatriques, etc. - elles doivent être prises au sérieux, en sollicitant une prise en charge auprès d'un professionnel compétent. De même les glycémies anormales doivent être médicalement surveillées [6].

4 - Les habitudes comportementales et sociales

Le rôle des habitudes dans l'envie de fumer est souvent exagéré. Fumer n'est pas une habitude que l'on pourrait contrôler à sa guise : c'est une dépendance particulièrement forte. Si pendant quelques semaines l'on peut se surprendre à effectuer machinalement un geste (mettre la main à la poche ou dans le sac par ex.), ces gestes réflexes ne sont pas à proprement parler des 'envies' ni des 'tentations' : ils n'ont aucune importance et nous conseillons plutôt de se mettre une tototte à la bouche d'en rire. Il en est de même des 'envies' déclenchées par une situation où l'on avait l'habitude de fumer : apéritif, café, fête, etc. Sauf état pathologique (trouble obsessionnel compulsif par ex.), il n'y a rien à faire, juste laisser le temps faire son oeuvre, cela s'effacera lentement.

Il est tout à fait possible de cesser de fumer sans chasser les fumeurs de son entourage : c'est n'est plus votre problème à vous. Le tabagisme passif n'est pas un facteur de rechute. Ceci dit une étude en Californie (CTS 2005) montre que rendre son domicile intégralement non fumeur est un facteur favorable. En cas de conjoint fumeur ne cessant pas le tabagisme, lui demander de s'abstenir totalement de fumer en votre présence durant les trois semaines correspondant au sevrage, par solidarité. Votre réussite peut être
inconsciemment aussi perçue comme son échec : il pourrait provoquer votre récidive afin de vous mettre à l'épreuve et protéger sa fierté froissée.

5 - Quelques conseils pratiques

Nous ne serions pas humain si nous n'avions de désirs : celui de refumer est normal. "Juste une petite" pensons-nous à l'occasion, quand nous éprouvons le besoin de réconfort ou de nous faire plaisir. Certes ce n'est pas une cigarette qui nous tuera mais le nicostat nous refera plonger dans la dépendance. Une petite reprise en entraine irrémédiablement une autre, insidieusement, au terme de plusieurs semaines parfois. Réactiver le fonctionnement du nicostat nous fera avoir d'autres 'envies' irrépressibles. "Une autre petite" et puis une autre, etc. : c'est reparti pour un tour...

Il est vraiment plus facile de ne pas retoucher au produit, sous quelque forme que ce soit. La règle fondamentale est d'avoir dit "Non" une bonne fois pour toute et ne jamais y revenir. S'arrêter de fumer n'est pas seulement une liberté : c'est aussi une occasion de savoir si l'on est maître de soi et de ses comportements. Une série de petits "non" vous torturera inutilement. Très vite vous vous rendrez compte que vous avez pris la bonne décision en ce qui vous concerne, et vous en tirez une légitime fierté. Vous prenez progressivement plus d'assurance, une vraie assurance, pas de facade. Cette assurance se constate et l'on n'éprouve pas le besoin de s'en vanter. Cesser le tabagisme est une affaire entre soi et soi.

Cesser de fumer c'est renoncer. Vous aurez durant le sevrage l'occasion de vous y exercer. Et vous vous rendrez compte que savoir renoncer est en fin de compte un grand avantage. Chaque tentation surmontée renforce votre courage et votre capital de détermination. C'est en surmontant ses peurs, ses tentations et ses doutes que l'être humain grandit, mûrit, et renforce son assise intérieure.

Au terme de quelques semaines vous constaterez, comme (presque) tous ceux qui ont réussi, que la vie est plus belle sans cigarettes. Connaissez-vous des anciens fumeurs qui planifieraient leur date de reprise ? Nous n'en avons jamais rencontré. Au-delà de notre propre expérience personnelle, c'est pour nous la meilleure preuve que l'on sera moins malheureux quand on en aura fini avec ce passage unique dans notre vie.


    1. C'est en affrontant délibérément les envies durant les premières semaines que l'on s'équipera de  la capacité mentale à y faire face pour toujours. Personne ne peut affronter la peur et le doute et apprendre à votre place.
    2. Le meilleur moment pour passer à l'acte est celui d'une période d'emmerdements standards [6] où l'on aura à supporter les hauts comme les bas de la vie.
    3. Attendre un moment supposé plus favorable (demain, les vacances, etc.) est un excellent alibi pour repousser sans cesse l'échéance. Planifier une date pour son arrêt n'est pas un facteur supplémentaire de réussite [7].
    4. Se préparer à cesser dans la vie de tous les jours (en travaillant) pour augmenter ses chances de réussite. Dès que l'on réalise que le moment est venu d'éteindre son dernier mégot, c'est le bon moment pour le décider.
      Faire alors confiance à son inconscient : il est plus efficace que la volonté !

Si vous n'y arrivez pas seul, ayez l'humilité et l'intelligence de solliciter de l'aide.

6 - Informations complémentaires

Internet

Unairneuf.org - Actualités des remèdes au tabagisme

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Du même auteur

Knol Arret du tabac

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 < merci de noter ce Knol ***** en haut avant de le quitter ; remarques et questions bienvenues en commentaire ci-après >
Dernière mise à jour : 17 août 2009

Références

  1. La Naissance de la psychanalyse : Lettres à Wilhelm Fliess - Presses Universitaires de France, Paris, PUF, 1996
  2. Référence à préciser (en cours de publication)
  3. Res Nurs Health 21:487-497, 1998
    Coping in real time: Using ecological momentary assessment techniques to assess coping with the urge to smoke
  4. Dans une population de fumeurs abstinents, la prise d’une cigarette provoque une rechute chez une majorité d’entre eux, la moitié retournant à un tabagisme régulier en moins de 24 heures. Brandon SL & al. The process of smoking relapse, NIDA 1986
  5. MARLATT & GORDON, Relapse prevention, 1985
  6. Selon la belle formule du Dr Jacques Pieri dans son livre (Le Cherche Midi, 2008)
    Arrêt du tabac : attention aux dangers
  7. Les arrêts improvisés sont plus sûrs, cf. West R. & Sohal J.; BMJ 332 (7539): 458-460
    "Catastrophic" pathways to smoking cessation: findings from national survey

Commentaires

"Fumer est un plaisir...

...génial, sensuel...", dit un tango bien connu. J`habite a Buenos Aires, et aime cette musique.
Mais fumer es assez dangereux. Il y a beaucoup de monde que connait cette vérité et poursuit avec le cigarette.
Ils ont dépendance physique, comme bien explique ce knol. Mais le texte explque beaucoup sur le theme.
Ce knol fait nous non seulement savoir mais aussi réfléchir.
Je le recommende, spécialement si vous fumez.

Alberto Auné


19 août 2009 09:44
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Super! Je me comprends mieux maintenant...

Pour ma part, le concept du nicostat ainsi que le fait de fumer corrige un «déplaisir» est ce qui est le plus parlant. La lecture de cet article m'a ouvert à une nouvelle compréhension envers ma dépendance au tabac. Je trouve que je suis mieux outillée pour faire face désormais, merci :)

Dernière modification 4 juil. 2009 15:04
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je pose beaucoup de question; elle n'y sont pas toutes car cela deviendré incompréenssible


Salut;
Est ce que le fait de fumer de l'herbe pure ou un substitut au tabac ou produit sans nicotine laisse le nicostat en veille?
Peut être que la dépendance ne serait plus physique mais seulement physiologique ou psychologique?
J’aimerai arrêter de fumer quotidiennement la cigarette et le pétard (roulé avec du tabac).
Mais j'apprécie tout de même les effets du THC (appréciables quand cela reste occasionnel).
Peut être quand consomment du canabis d'une autre façon (gâteaux ou autre) le nicostat ne se réactivera pas?
je pense que le tabac est bien plus dangereux que le canabis et le canabis dangereux associé au tabac; mais peut être qu'une fois la dépendance acquise il n'est plus possible de modifier sa consommation (afin qu'elle soit occasionnel)et qu'il faut tout arrêter sans issue possible?
Je pense être dans l'étape "préparation à l'arrêt" merci de répondre à mes question afin de rendre cette étape prématurée et passer soit à l'arrêt totale ou à une consommation occasionnelle sans tabac, là est la question.
Quelque soit votre réponse je pence qu'une période de sevrage est obligatoire par rapport à la nicotine et pour mettre en veilleuse "nicotor".
Merci beaucoup pour ce knol et ses informations domage qu'il n'y en est pas autant sur le canabis.



Dernière modification 7 juil. 2009 11:31
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Knol bien rédigé

Bonsoir Luc,

Knol très bien rédigé, j'ai voté max *.

J'avais arrêté aussi de fumer mais je suis retombé :-(

À l'époque j'avais même créé un blogue (blog) : http://www.internetmonitor.lu/stopsmoking/ dont j'avais tenu un journal...

Si cela t'intéresse, il y a peut être encore d'autres ressources dans le blog que tu peux employer... Mais attention ! Il y a certaines vidéos et photos qui peuvent choquer certaines personnes...Elles ont été employés à des fins préventives pour que personne n'aie envie de commencer avec la clope...

P.S.: Fais attention avec le "copyright" (droit d'auteur) de tes images, quelques conseils :

http://knol.google.com/k/gust-mees/astuces-avances-knolbote-outils/vdujwtjyx3uq/25#Le_copyright_ou_propri(C3)(A9)t(C3)(A9)_intellectuelle_(28)droit_d(27)auteur(29)

Cordialement :

Dernière modification 8 avr. 2009 06:18
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tabac et alimentation, même schéma.

Tout ça est vraiment TRES intéressant... vraiment.
Surtout : Faire face à ses envies, apprendre à renoncer : comme quoi les idées les meilleures sont les plus simples. Je n'y avais pas pensé.
Et cette idée donne de l'espoir : oui en effet, il y a sans doute des techniques à développer.

A vrai dire, plus de 3 semaines maintenant après avoir arrêté de fumer, je te lis ici comme je lis A.Carr (ouais, je sais, je l'ai toujours pas fini...) : en fait je ne pense plus du tout à la cigarette, et quand je lis "tabac", dans mon esprit je retranscris "alimentation désordonnée"... Car il semble que si l'arrêt du tabac a été facile pour moi, c'est surtout parce que je compense par la nourriture.
La lecture de ce knol me le fait apparaître clairement : le "nicostat" a simplement jeté son dévolu sur une autre dépendance... J'ai l'impression de retomber dans la boulimie de mon adolescence (la seule différence est que je fais une orgie de légumes au lieu de faire une orgie de sucre. C'est quand même nettement mieux, mais bon, la dépendance reste aussi lourde à porter...)

J'ai l'impression que le tabac, ce n'est vraiment plus mon problème, même si des envies passagères continueront de me venir de temps en temps. Je ne sais pas, c'est peut-être une erreur, c'est peut-être aller trop vite en besogne, mais j'essaie de voir comment je peux appliquer à la nourriture ce que vous dîtes Carr et toi au sujet du tabac. J'ai commencé à fumer tardivement, à 23 ans, pour éviter de grignoter, et finalement ce que tu appelles le nicostat est simplement revenu sur son produit d'origine...

Du coup maintenant je suis un peu frustrée de ma réussite : oui j'ai réussi à arrêter de fumer sans trop de mal, et la semaine dernière encore j'en étais très heureuse... mais maintenant je me rends compte que je passe mon temps à me tenir en laisse pour éviter les excès alimentaires, et que je n'arrive pas à me dépétrer d'un schéma basé sur la volonté... et ce, malgré mes saines lectures !! ;-)

J'aimerais bien pouvoir appliquer simplement les méthodes du tabac à la nourriture, et me dire : "Super ! Je me sens tellement dégagée ! Je ne mangerai plus jamais, quel bonheur !"... sauf qu'il faut bien manger aussi, c'est comme s'il était vital de fumer 2 cigarettes par jour !... Et puis en fait je n'ai pas vraiment envie non plus de tirer un trait sur tous les plaisirs alimentaires !
Comment agir sans rester sous le joug d'une volonté tyrannique ?

"Plaisir" alimentaire... de la même façon qu'il est bon de reconnaître l'envie pour pouvoir y faire face, peut-être y a-t-il moyen de distinguer 'plaisir alimentaire' et 'plaisir alimentaire' : peut-être que l'un des deux, comme la cigarette, n'est qu'une illusion à débusquer... ?

Dernière modification 26 févr. 2009 10:25
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Rechutes

Bonjour,

J'ai fumé pendant 10 ans plus d'un packet par jour, j'ai ensuite arrêté du jour au lendemain,cela a été très dure (3 semaines d'un manque incroyablement fort accompagné de "symptomes physiques" (Démangeaison, tremblements, sueurs... cette tentative a fonctionné, en effet je n'ai pas fumé pendant 4 ans, cependant, et après une rechute due à un "souci émotif" toutes les tentatives de refaire mon exploit d'il ya 6 ans sont vouées à l'echec,

est ce que le cerveau d'un sujet tabacco-dependant développe des mécanismes de "défense" contres les tentatives de sevrage, une fois qu'il en a subi une ?

je ne sais pas si je m'explique bien, mais suite à une rechute j'ai l'impression que les périodes de sevrages sont encore plus dures que la première...

Dernière modification 6 nov. 2008 09:42
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Dernière modification 25 févr. 2009 05:28
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Luc DUSSART
Luc DUSSART
Consultant chez VALOR Consultants
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