Indice de difficulté de lecture de ce knol estimé à 4 sur 10
« Il est impossible de porter à travers la foule le flambeau de la vérité sans roussir ici et là une barbe ou une perruque » G.C. Lichtenberg.
Ce mot d'esprit de l'observateur de Göttingen plaisait à Freud bien qu'il n'ait pas de rapport avec l'inconscient . Pas plus qu'avec un « aphorisme » d'ailleurs . Lichtenberg n'a jamais posé ce nom sur les phrases ou les paragraphes solitaires de ses cahiers. Cette appellation est un coup post mortem (dont il s'est parfaitement relevé) porté, semble-t-il, par ses premiers traducteurs français qui reconnurent, çà et là, une forme familière [...] Lichtenberg mesure le champ d'action de l'intelligence à la forme aiguë de sa pénétration [1].
Notice biographique
Publiés après sa mort, ses «Aphorismes» révèlent ses qualités d'humoriste, de moraliste autant que de styliste, et restent un des témoignages les plus vivants sur l'Allemagne du XVIIIe siècle.
Sélection de formes brèves ( sur 8000 )
Premier cahier ( 1764-1771 )
[...]- Epitaphe : Je mourus très jeune, quoique du côté de mon père, je fusse apparenté d'assez près avec la mort. Je n'atteignis que ma quinzième année et mon père était médecin.
- Je ne sais pas d'où cela vient, mais le mot ionique exprime pour moi infinitivement plus de choses qu'il n'y en a dans le dictionnaire.
- Si on veut faire une cure d'eau de pluie, il faut venir à Göttingen, elle y est fraîche en tout temps.
- Il y a des gens qui ont un visage si gras qu'ils peuvent rire sous leur graisse, de sorte que le plus grand sorcier physiognomoniste n'en remarque rien. Quant à nous, pauvres créatures décharnées dont l'âme se tient immédiatement sous l'épiderme, nous parlons toujours un langage où il est impossible de mentir.
- Une préface pourrait être intitulée : paratonnerre.
- Cette pensée a encore trop de jeu dans l'expression. J'ai indiqué avec le pommeau de ma canne ce que j'aurais dû marquer avec la pointe d'une aiguille.
- L'art, si bien cultivé aujourd'hui, de rendre les gens mécontents de leur sort.
- Parlez-moi des gens qui ont les nerfs gros comme des câbles.
- Il s'étonnait que les chats eussent la peau percée de deux trous précisément à la place des yeux.
- Devant la méfiance générale, on fera réaliser les expériences par des orphelins.
Second cahier ( 1772-1775)
«The whole man must move together »[...]
- Il existe une espèce de petis oiseaux, qui piquent des trous dans les arbres creux les plus profonds, ils supposent leur bec doué d'une telle force qu'après chaque coup, ils vont voir de l'autre côté de l'arbre si leur bec ne l'a pas percé de part en part.
- Une punition en rêve est à coup sûr une punition. De l'utilité des rêves.
- Tu me demandes, ami, s'il vaut mieux avoir une mauvaise conscience rongée de remords ou se balancer tranquillement à la potence?
- Lorsque je consultai mon dictionnaire d'injures, je n'en trouvai pas de plus convenable que l'injure arabe : de la merde sur ta barbe.
- Quelqu'un voulait dégoûter du sucre les mouches qui se trouvaient dans sa chambre, cela lui coûta une demi-livre de sucre et il continuait à en venir qui ne le dédaignaient pas.
- Il eut peur et la couleur de son visage, qui tenait beaucoup de celle de l'olive, passa du b1 g6 r1 au b1 g7.
Troisième cahier ( 1775-1779)
[...]- Son jupon était rouge et bleu avec de larges rayures et semblait avoir été confectionné dans un rideau de théatre. J'aurais beaucoup donné pour occuper la première place, mais il n'y eu pas spectacle ce jour-là.
- Comme nos noms seront oubliés derrière ceux des inventeurs du vol dans le ciel et autres choses de ce genre.
- J'ai connu un homme qui avait la curieuse manie, le soir au dessert, de découper des figures géométriques dans des pommes tout en mangeant les pelures. La plupart du temps, la résolution du problème s'achevait par l"absorption totale de la pomme.
- Que les choses essentielles dans le monde s'effectuent au moyen de tuyaux.
- On hésiter à faire des cornets à poivre avec une rame de papier blanc, mais dès que quelque chose est imprimé dessus, on ne se gêne pas.
- Nous, la queue de l'univers, ne connaissons pas les intentions de la tête.
- Il pleuvait si fort que tous les porcs devinrent propres et tous les hommes crottés.
- De même que l'on peint un zéro au-dessus de la tête des saints.
- Le monde si agrandi que les particules lumineuses apparaissent comme des boulets de canon de 24 livres.
- Ce qu'ils nomment le coeur est situé bien plus bas que le quatrième bouton de la veste.
- C'était quand le temps n'avait pas encore de barbe.
- Quand il parlait, les pièges à souris se fermaient d'eux-mêmes dans tout le voisinage.
- Il était là, aussi triste que la petite mangeoire d'un oiseau crevé.
- Si Mahomet dispose d'un quart de la race humaine, que pouvons-nous faire? Il ne faut pas compter ses adeptes, mais les peser.
- La minceur plaît parce qu'elle permet un contact plus étroit et la diversité des mouvements pendant l'amour.
- Des regards neufs à travers de vieux trous.
- Il aimait le poivre et les lignes brisées.
- Douter de choses auxquelles on ajoute foi aujourd'hui sans autre examen, c'est partout l'essentiel.
- L'être humain est un chef-d'œuvre de la nature, pour cette raison suffisante que, plongé dans le déterminisme, il croit agir en tant que créature libre.
- Une fois de plus, j'ai mangé tout ce qui m'est défendu et Dieu merci, je me trouve exactement aussi mal qu'avant ( je veux dire : pas plus mal ).
- Théorie des plis dans un oreillers.
- Les hommes ne sont pas en personne dans le monde, ils envoient à leur place une poupée habillée qu'ils affublent comme il leur plaît.
- A la mort de Franklin, on aurait pu suspendre des crêpes aux paratonnerres.
Quatrième cahier (1789-1793)
[...]- Pour que les vins du Rhin et de la Moselle soient bons, il est nécessaire que le Rhin et la Moselle aient coulé aussi peu que possible dedans.
- Pour avancer, il se servait de ce quadrupède bien connu, animal domestique encore jamais décrit dans les ouvrages zoologiques et qui circule fréquemment dans les grandes villes sous le nom de chaise à porteurs. On pourrait la considérer comme enceinte et la comparer au cheval de Troie.
- Cet homme avait tant d'intelligence qu'il n'était presque plus bon à rien dans la vie.
- Il y a véritablement beaucoup de gens qui ne lisent que pour être dispensés de penser.
- A- Vous êtes devenu bien vieux !
Cinquième cahier ( 1793-1799)
[...]- Ce n'est point parce que l'on prêche dans les églises que les paratonnerres y sont inutiles.
- Potence pourvue d'un paratonnerre.
- On prétend savoir que , depuis cinq cents ans, personne n'est mort de joie dans tout le pays.
- Question : qu'est-ce-que : facile et qu'est-ce-que : difficile ?
- En cet endroit où les maladies sont si bon marché et les remèdes si chers.
L'inventaire d'une collection d'ustensiles...[2]
" Sans doute l'inventaire que nous donnons ci-après au lecteur demande-t-il un bref entretien. Je le trouvai lors de mon séjour en Angleterre, dans une bibliothèque du pays, où il reposait, rédigé proprement, derrière les pages blanches d'un tome des œuvres de Swift. Tout au-dessous du dit écrit, entre parenthèses : " In the manner of Dr. Swift. " Le propriétaire de la bibliothèque m'assura qu'il s'agissait de l'extrait d'un journal, une satire passable d'un riche, mais anonyme, collectionneur d'objets d'histoire naturelle et d'artefacts, mort il y avait longtemps et qui, en dépensant des sommes monstrueuses, avait accumulé dans son cabinet une montagne de colifichets inutiles. Par dérision, on l'appela Sir Hans Sloane, d'où les initiales à l'en-tête, l'homme, si je ne m'abuse, se dénommant en fait Marlowe. Sa collection ne contenait à la vérité aucunes des pièces ci-après, mais en comptait plusieurs autres tout aussi folles, parmi lesquelles certaines l'abusèrent - mais n'eussent point, peut-on penser, trompé un enfant -, entre autres une noix de cocu, qui pousse à l'état sauvage en Écosse ; une boule solide faite d'un métal nouveau et qui ne pesait pas plus qu'un gros morceau de liège semblable ; les deux boules pendaient aux bras d'une balance et s'équilibraient entre elles. Le noble propriétaire n'avait point remarqué que le fléau de la balance était creux du côté du métal mais solide ou coulé de plomb, de celui du liège. Le plaisant qui le roula avec cette rareté fut assez précautionneux pour concevoir le fléau de la balance de si excellente façon, et d'y fixer le liège ainsi que le métal de telle sorte, qu'on n'eût point été capable de les extraire, afin de les changer de place, ou bien pour les peser sur une autre balance, sans une lime et une pince. En outre, le nombre des ustensiles inutiles, et pour cela, fort coûteux, doit avoir été extraordinairement grand.
"Il m'est avis qu'on y peut assez bien trouver la sobre manière du comique de Swift. Les connaisseurs des produits de cette tête singulière sauront qu'il n'était pas rare que Sa Grandeur écrivît de bien plus basses choses, et qu'il tombât même fort souvent en de grossières obscénités. Ces dernières furent aussi imitées dans l'inventaire, mais nous les avons, bien sûr, omises ici. Que je n'ai point seulement traduit, mais que j'agençai parfois selon nos us et coutumes, voilà une chose que l'on me concédera volontiers ; car ce qui, dans cette sorte d'esprit ne fait point impression sans une explication constante, n'en fait habituellement qu'une fort misérable lorsqu'on l'explique complètement. Avant tout, l'on doit toutefois prier le lecteur de ne pas oublier que l'article parut quelques jours après la mort de l'insensé collectionneur, qui était alors l'objet des bavarderies de toutes les sociétés. C'était la véritable efflorescence de cette plante, qui, n'apparaît ici que misérablement desséchée :
1. Un couteau sans lame auquel manque le manche.
2. Une double cuillère d'enfant pour jumeaux.
3. Un cadran solaire à répétition en argent.
4. Un cadran solaire à visser sur un coche.
5. Dito, mais qui joue des mélodies.
6. Une boîte avec de petites cartouches délicatement ouvragés, pleine de poudre pour faire sauter les dents creuses.
7. Une chaise per se (sans doute faut-il entendre percée). Lorsque l'on s'y asseoit comme il se doit, on entend un bruit accompagné de tambours et trompettes, qui retentit à travers toute la maison. Meuble pour grand seigneur. Il coûta cent guinées.
8. Une grande collection de pots de chambre en porcelaine, qui empruntent parfois des formes très divertissantes. On peut essayer les deux derniers articles, une heure avant la vente, derrière un paravent ou dans une pièce voisine.
9. Un lit de fer ébéné en forme de cercueil avec des poignées recouvertes d'étain, avec en plus douze guéridons pour porter douze veilleuses. Pour méthodistes et religieuses.
10. Idem, mais équipé pour qu'on y fasse soi?même dedans le tour de la chambre durant la nuit.
11. Un somptueux lit impérial dans lequel trois grands vizirs sont morts de la peste.
12. Une excellente collection d'instruments pour convertir les juifs. La plupart sont en acier poli et l'ensemble des cravaches est en maroquin rouge. Le grand fouet, en particulier, est un chef?d'œuvre de l'art anglais de la cravache.
13. Un magnifique et ouvragé modèle de corbillard, au sein duquel douze cadavres peuvent trouver logement.
14. Une bouteille contenant de l'eau d'un morceau de glace qui, à la Pentecôte l'an 1740, se trouvait encore dans la rue. Elle possède aussi cette propriété singulière, qu'un physicien a observée, que ce qui se trouve à l'intérieur se souvient aussitôt de sa liberté et fait éclater le verre à chaque hiver froid et lorsque l'on place la bouteille dehors. Le cher disparu avait, à ce propos, soumis un traité à la Société royale, lequel toutefois, à cause de diverses cabales, ne fut jamais imprimé.
15. Un compteur d'atouts en or. À peu près unique en son genre. On le place au doigt comme un anneau, de manière à ce qu'il vienne sur une jointure. Lorsque l'on joue un atout, on plie doucement le doigt de manière qu'il montre le nombre de l'atout joué, un peu comme un podomètre compte les pas.
16. Un merveilleux moulin à poudre maison, complet, et avec lequel quiconque peut préparer tout seul sa propre poudre à canon (c'est-à-dire un demi-quintal le coup). Elle est si bien disposée qu'on peut le mettre en marche sous un assez gros secrétaire, de même que sous un lit assez élevé. Le caniche, qui met la roue en marche, est inclus dans la vente.
17. Un tube à observer les astres ; lorsqu'un ami y jette un regard et que l'on tourne une petite vis, il souffle du poivre et du tabac à priser dans l'œil. On doit l'utiliser au sol. À cause de cela, le cher disparu doit avoir reçu quelques mornifles.
18. Un excellent tube à observer les animaux équipé d'une pierre à fusil ; lorsque l'on enlève les lentilles, ce qui s'accomplit d'un seul mouvement (en fait, il suffit de les glisser dans leurs réservoirs latéraux), on peut alors chasser de petits oiseaux.
19. Un baromètre qui montre toujours le beau fixe. Le thermomètre assorti indique, année après année, une température chaude et agréable.
20. Un excellent équipement pour toutes les sortes de deuils dans les maisons nobles, comprenant :a. Un billard noir avec des lacets blancs, rehaussé de clous noirs et tapissé tout autour de festons de calicot blanc. Les clochettes l'accompagnant sont en argent, mais amorties par de la soie noire.
b. Pour le deuil, une douzaine de dés noirs avec des points blancs.
c. Idem, mais pour le demi?deuil, violets avec des points noirs.
d. Une provision de tarots et de cartes pour jouer au lombre ayant une large bordure noire, et une autre ayant une simple encoche de même couleur pour le demi-deuil.
e. Quelques douzaine de petits verres à liqueur calqués sur d'antiques fioles destinées à recueillir les larmes et que l'on vide lors du repas d'enterrement.
f. Un beau recueil sur les recettes permettant de colorer de noir, absolument sans dommage, presque tous les mets tels, soupes, légumes, pâtisseries, et où se trouve la recette pour teindre en noir les citrons et les oignons qui sont auprès du cadavre.
g. Un service de table en porcelaine, complet et magnifique, dont chaque pièce fait de spirituelle façon allusion à la mort, et dont chacune mériterait ici une description détaillée. Pour n'en donner qu'une, citons, par exemple, le beurrier dont l'aspect forme une tête de mort qui semble si naturelle, et est si artistiquement ouvragée, qu'on croirait qu'elle est vivante. Le couvercle du beurrier ou, si l'on veut, la calotte crânienne, est si exactement formée selon l'ostéologie, même de l'intérieur, que lorsqu'un peu de beurre dépasse de la tête et que l'on remet le couvercle à sa place en appuyant, le suif emprunte parfaitement la forme du cerveau, ce qui à table - quand on donne au beurre la juste coloration -, est d'un effet d'une épouvantable beauté. Le cher disparu s'en servit un jour : lorsqu'il coupa le beurre, certaines dames et chapeaux s'évanouirent, d'autres encore bondirent de table et nul, hormis le maître de maison, n'en put manger.
h. Une cloche à fromage en platine pour sonner le glas.
i. Plusieurs colliers noirs émaillés avec têtes de mort blanches pour chiens de chasse.
j. Plusieurs masques pour les gens qui ne veulent, ou ne peuvent, pleurer. Ils ont tous été ouvragés par les meilleurs maîtres anglais, et sont d'une grande beauté. Bien qu'un peu pâles, ils sont néanmoins ravissants, en particulier les masques des femmes de chambre. Les larmes sont toutes représentées par des perles naturelles, certaines étant, pour la parenté rapprochée, de la grosseur d'un pois.
21. Une suite de vêtements, du berceau à l'âge de vingt ans, pour un enfant ayant deux têtes, quatre jambes et quatre bras. Un vrai chef?d'œuvre de l'art de l'aiguille. On les peut essayer en les faisant endosser à deux personnes, ce qui donne lieu, surtout dans ce confus compagnonnage, à des scènes cocasses.
22. Une collection de moules magnifiques, tiers et deux tiers, à couler, avec un demi-quintal de métal inclus. Pour soigner la délicatesse de l'acquéreur, cet article sera vendu aux enchères dans l'obscurité et consigné dans la noirceur. La somme versée pour acquitter l'achat sera comptée par le vendeur, dans un recoin, à l'aide d'une lanterne sourde. C'est un homme d'honneur.
23. Quelques bouteilles de vin lapon, cru 1748. En anglais, on lit : " Some bottles of Iceland-Madeira. "
24. Une collection complète de livres en partie interdits, en partie de mauvaise renommée, avec incisions d'une beauté grande et licencieuse. Tous les volumes sont reliés en cordouan noir à tranche dorée. À l'usage des jeunes du collège d'Eton et de Westminster, afin de les divertir durant le service religieux.
25. Un morceau digne de la plus haute attention : une petite machine ouvragée avec un art indescriptible servant à expliquer le concubinium (doit certainement signifier connubium ou commercium) animae et corporis. Le cylindre, qui confère le mouvement à l'ensemble, possède trois positions différentes pour les trois systèmes connus ; une pour l'influence physique, une pour les causes accidentelles, et une autre pour l'harmonie préétablie. Le cylindre a cependant assez d'espace pour en inclure deux à trois autres, seulement qu'il doit établir un corps et une âme, afin que l'âme, en cas d'urgence, puisse être éliminée. Dans ce coûteux appareil, le corps est fait de corne pour plus de la moitié transparente, et mesure quelque cinq pouces. L'âme toutefois, qui n'est pas plus grosse qu'une grande fourmi, est toute complète, avec ses petites ailes et ses onze pattes. Il n'y a guère que les petites pattes de gauche qui soient un peu abîmées. Le mouvement vient imprimé à la machine, non point par une manivelle (qui sinon la mettrait en pièces), mais par une paire d'ailerons de la plus fine baudruche sur lesquels on souffle de manière constante à l'aide d'un double soufflet (follis infinitus), qui est inclus, installé et actionné à une distance déterminée (la double distance). Ces ailerons sont tenus par une vis sans fin (cochlea infinita) qui met le tout en mouvement.
26. L'Édit de peine capitale (en anglais : Habeas Corpus Act), mis en musique par le cher disparu. Il s'agit d'une partition remarquable avec tambours et trompettes. L'accompagnement de certains passages prévoit même des coups de canon. Il y a aussi, çà et là, des soli de guimbarde.
27. Quelques moules pour fabriquer des artefacts en pierre. Les ingrédients pour la pâte sont ci-joints. Il y a également un arsenal de pectinites, de terebratulites, d'ammonites, etc., ainsi que des coquillages inventés de toutes pièces, qui ont été façonnés à l'aide de ces moules. Ils donnent la parfaite impression d'antiquités.
28. La pièce la plus étrange, non point la seule dans cette collection, mais peut?être dans le monde entier : un morceau de granite véritable sur lequel se trouve si fortement incrusté un Aleph en métal, qu'une main humaine ne l'y a pu placer, du moins sans le réduire en poudre, et qui ne peut non plus être enlevé. Tous ceux qui l'ont vu, ont reconnu unanimement qu'il avait servi à l'imprimerie. Le cher disparu l'a acheté à gros prix à un homme de qualité qui a ses terres sur le mont Liban.
29. Un luxueux carrosse d'État plein de dorures. Bien au?dessus du siège du cocher, se trouve un magnifique miroir, qui est incliné, en un angle de 45°, vers l'équipage, au niveau où il va et vient. À l'arrière, sur l'équipage, correspond un autre miroir identique, hormis qu'il est incliné inversement. Grâce à cet excellent polémoscope, le cocher peut aussitôt voir de son siège si quelqu'un est assis derrière le coche. Dans ce cas, une simple pression du pied suffit pour que le passager reçoive aussitôt un vigoureux coup au derrière, de manière à ce qu'il n'y revienne plus.
30. Une paire de chevaux à qui le disparu enseigna à manger les papiers inutiles. Un article pour les libraires et les relieurs.Mais arrêtons-nous ici afin que ce savant article, s'il se poursuivait encore, ne transformât à la fin tout l'Almanach en nourriture pour chevaux..."
Bibliographie
- Georg Christoph Lichtenberg , Aphorismes , Denoël (1985) ; préfaces ( 1947 , 1979) et traduction de Marthe Robert.
- Georg Christoph Lichtenberg, Miroir de l'âme[3], Aphorismes, éditions Corti., traduit par Charles Leblanc. Georg Christoph Lichtenberg, Le couteau sans lame et autres textes satiriques , 1999, éditions Corti., traduit par Charles Leblanc.
- Senges Pierre , Fragments de Lichtenberg , (2008 ) Ed. Verticales, 640 pages[4].
Références
- Florence Delay. - Petites formes en prose après Edison - ; Textes du XX e siècle Hachette ( 1987 ) , p 21.
- Hans Georg Lichtenberg , Inventaire d'une collection d'ustensiles se trouvant dans la maison de Sir H. S. et qui doivent être vendus aux enchères publiques la semaine prochaine.
- On poura se faire une idée de ces objets surréalistes en consultant les catalogues d'objets de Jacques Carelman (Marseille, 1929)
- Miroir de l'âme , éditions Corti
G.C. Lichtenberg, Miroir de l'âme , Aphorismes , éditions Corti - Fragments de Lichtenberg
«Fiction joyeuse»








Commentaires
Rédiger un nouveau commentaire ▼
Rédiger un nouveau commentaire
Désolé ! Vous ne pouvez pas apporter de modifications, faire de suggestions ni ajouter de commentaires sur ce knol, car ses propriétaires ont bloqué votre accès.