Psychanalyse et psychothérapie d'état

Le "service psychologique rendu" n'est pas comparable

La psychanalyse touche à quelque chose de si essentiel, qu'elle déclenche des réactions démesurées. La psychiatrie est devenue presqu'entièrement biologique et se soumet au comportementalisme en redevenant purement médicale. Sortir la psychanalyse du champ sanitaire est sans doute un rêve que caressent bien des décideurs aujourd'hui.


Indice de difficulté de lecture de ce knol estimé à 6 sur 10


La psychanalyse est l'objet de menace et de haine depuis sa création. Je ne reviendrai pas, dans cet article, sur les attaques du passé [1] ( Le livre noir de la psychanalyse etc...). Elisabeth Roudinesco rappelle que les attaques contre Freud ne sont pas nouvelles, qu'elle relèvent même d'un genre constitué, les «Freud wars», apparu depuis les années 1970 aux Etats-Unis. Favorisant les nouvelles thérapies cognitives , ces destructeurs de Freud ( adeptes du Freud bashing ) ne supportent pas cette philosophie de la liberté inscrite au coeur de la pensée freudienne [2]. Le remplacement programmé de la psychanalyse par la psychothérapie reconnue par l'État ( psychothérapie d'État ? )  et les thérapies cognitivo-comportementalistes  (plus courtes , moins chères ) se traduit aujourd'hui par des décisions politiques de plus en plus précises .

« Au Royaume-Uni, la psychanalyse sera mise hors la loi, « outlawed », à partir de 2011.[3] Supprimer la psychanalyse d’un trait de plume, par la loi et le règlement, rendre son exercice illégal, délinquant, passible des tribunaux : cela aura donc été pensé, voulu, préparé, au printemps 2008, dans notre chère Angleterre.» écrit J.A. Miller [4].


En Italie , en Allemagne , en Suisse , il existe une obligation d'avoir une formation de psychothérapeute pour avoir le droit d'exercer la psychanalyse, dans les conditions reconnues par les pouvoirs publics.

En France, la loi relative à la politique de santé publique du 9 août 2004 , article 52 ,  visant à encadrer la formation de psychothérapeute ( au sens large ) pose un sacré problème aux psychanalystes : d'accord, ce texte accorde le titre de psychothérapeute non seulement aux médecins et aux psychologues, mais aussi aux membres des associations psychanalytiques. La formation des psychanalystes ne peut en aucun cas être l'objet d'un enseignement de type universitaire. En même temps la psychanalyse est menacée d'être chassée de l'Université et écartée des nouvelles générations[5]. L'évaluation et la formation des psychothérapeutes risquent de rejeter la psychanalyse en dehors de la psychopathologie. Les psychanalystes risquent d'être évalués comme incompétents par les commissions d'experts à large majorité cognitiviste.

Alors que 90 % des psychiatres d'exercice privé considèrent la psychanalyse comme leur référence principale, son enseignement a presque totalement disparu des études de psychiatrie. L'enseignement de la psychanalyse est en voie d'élimination des facultés de psychologie.

Remplacer la psychanalyse par la psychothérapie officialisée athéorique apparaît bien comme une menace aux praticiens .

La différence entre psychanalyse et psychothérapie est difficile à cerner pour le public et pour les praticiens eux-mêmes ! Ces deux disciplines sont avant tout des pratiques différentes, et encore différentes sont les neurosciences.

 Après l'invention de la psychanalyse par S. Freud  il n'y plus de psychothérapie mais des psychothérapies et la psychanalyse.


Les psychothérapies


La presse médicale en parle :

Les psychothérapies se portent bien. Pour preuve: la multiplicité des offres, le choix des «techniques», l'extraordinaire éventail des propositions de «soins» ; ces derniers ont même atteint une telle envergure que les praticiens et les patients sont souvent dans une expectative inquiète, hésitant, les uns comme les autres, à « passer à l'acte », tant la confusion est grande... Le législateur ne s'y trompe d'ailleurs pas, qui veut réglementer ce qui apparaît pour certains comme une jungle (plus de 250 types de « psychothérapies » peuvent ainsi être recensés...). Alors, que penser de tout cela, lorsque l'on connaît l'importance de la parole et de l'écoute dans la fonction de soins? Lorsque l'on sait aussi que l' «écoute », précisément, vient en toute première place quand on interroge les patients sur leurs attentes au cours d'une consultation chez leur médecin : écouter, soulager, guérir..., voilà ce qui vient généralement en tête. [...]  Les psychothérapies de type analytique, qu'elles soient classiquement «freudiennes» ou plus marquées par l'influence de Lacan, persistent tel le « socle » de toute psychothérapie; mais on utilise maintenant, parfois de façon complémentaire, les thérapies comportementales et cognitives, d'apparition beaucoup plus récente et d'usage aisé et rapide en médecine générale. Leur niveau d'impact sur le psychisme n'est pas le même, mais, pour diffèrent qu'il soit agissant sans doute plus sur les symptômes que sur leurs causes profondes il n'en reste pas moins d'une grande utilité... [6]

Il faut  préciser que l'amélioration, la suppression, voire la guérison, des difficultés et des troubles psychiques peuvent être obtenues de multiples façons, et même par n'importe quoi  ( "le verdict du dodo"  ): c'est-à-dire que, le cas échéant, « tout » peut marcher. Et les méthodes psychothérapiques les plus diverses, des plus élaborées aux plus farfelues, sont en mesure de s'enorgueillir de succès thérapeutiques parfois spectaculaires, à l'instar de pratiques humaines fort diverses comme en ont inventé toutes les sociétés et toutes les époques.


  • Les grilles de lecture des psychothérapies

Les techniques psychothérapiques ont en commun d'inscrire  ce que dit le patient dans une grille de lecture  pour lui proposer une signification puisée dans une certaine représentation du monde, qu'elle soit religieuse, philosophique ou scientifique. La causalité du symptôme est objectivable et sa correction implique une technique de rémission du symptôme fondée sur le pouvoir de suggestion du thérapeute et des exercices d'apprentissage de la normalité définie par la doctrine de référence. Le symptôme est un excès pouvant être amendé par le thérapeute qui est convaincu de disposer du savoir nécessaire à cette opération. Sous ce rapport, les psychothérapies sont à l'individu ce que les idéologies politiques sont aux sociétés : des propositions du Bien qui conviendrait au bonheur de l'homme.
  Ces techniques n'ont pas le souci de s'interroger sur la réalité psychique. Elles l'abordent à partir d'une conception préalable de l'homme tirée d'un système religieux ou philosophique. Quand elles se réfèrent à un modèle scientifique , c'est pour la réduire au mécanisme du schéma S-R (stimulus-réflexe).
  L'argument du psychothérapeute est de vouloir le Bien de son patient en le conduisant vers la normalité définie par sa doctrine de référence. La motivation du patient est d'obtenir la compassion du psychothérapeute, ce qui revient  à satisfaire l'attente de ce dernier pour en conquérir l'affection. Toute psychothérapie s'établit ainsi sur la négation de l'Inconscient (qui est un mode de la pensée délivrée de l'apprentissage comme de la conscience) . C'est alors rien d'autre qu'une technique de soutien du moi ( objectif moïque),  une technique de réparation du narcissisme , par une adaptation à l'ordre du monde proposé. Le soulagement éventuel obtenu ne fait que reporter ailleurs et autrement le conflit psychique sous forme de nouveaux symptômes. Sous ce rapport une psychothérapie semble être l'instrument d'une manipulation semblable aux pratiques à l'œuvre dans les sectes ou dans les organismes totalitaires.Toute souffrance induit l'idée qu'il y aurait un savoir sur elle et c'est la croyance en la réalité de ce savoir qui suscite l'amour, dès qu'il est circonscrit sur une personne «supposée savoir» . La limite de l'action psychothérapique est atteinte par la question : que veut le psychothérapeute en échange de la reconnaissance qu'il accorde à son patient ?

«Toute psychothérapie a un objectif moïque. Le psychothérapeute pense qu'il doit amener son patient vers tel ou tel point qui est d'ailleurs l'intitulé même de la psychothérapie : Gestalt-thérapie,              comportementalisme , etc... C'est la distinction radicale avec la psychanalyse, qui n'a justement aucune   espèce d'autre objectif que ce qui se dégage du dire de l'analysant, c'est à dire de ce qui l'aliène. Faire tomber l'objectif , c'est exactement le contraire de fixer un objectif.»  ( Gérard Pommier ) 
 

La psychanalyse


En ce qui concerne la souffrance psychique la psychanalyse ne peut se prévaloir d'aucun monopole ni d'aucune prérogative. Non parce qu'elle n'aurait pas d'effet « thérapeutique » ; mais parce qu'elle est d'abord autre chose, qu'elle vise d'abord autre chose, même  et surtout  si on ne l'aborde que poussé par une souffrance et des symptômes. Le paradoxe est qu'une psychanalyse , si elle ne vise pas la guérison , peut guérir.

Freud rompt avec la suggestion en 1892. Le psychanalyste n'est que le témoin d'un discours destiné à une instance qu'il ne fait que représenter. Les symptômes  psychiques ne sont plus considérés comme les traces d'un excès à l'ordre du monde mais sont écoutés comme les indices d'un conflit intra-psychique. L'expérience est extra-mondaine en raison des règles édictées à l'analysant :  dire tout ce qui se présente à son esprit ( règle de l'association libre )  à un témoin neutre et bienveillant ( qui ne répond pas à la demande d'amour). La neutralité de l'analyste engage une position éthique. Il doit conduire la cure ni en fonction de son intérêt ni en fonction de ses valeurs, mais selon les seuls éléments mis en œuvre par le discours de l'analysant. Seul compte le déploiement de l'énonciation de l'analysant quand toutes les psychothérapies se limitent à lui proposer un modèle d'identification . Dans le transfert, s'actualisent les péripéties de l'histoire du patient et aussi les éléments du fantasme inconscient organisateur de son monde.

Réduire au mieux la demande d'amour de l'analysant et la complaisance éventuelle de l'analyste  pourra éviter leurs résistances au déroulement de l'expérience. Le paiement  assure une fonction de contrainte et une réponse concrète et provisoire à la question : que veut le psychanalyste ? La qualité scientifique de l'expérience dépend de la formation du psychanalyste.

La cure-type suppose un sujet dont le sentiment d'intégrité n'est pas excessivement menacé par le traitement, par le retour de certaines images, pensées, besoins ou désirs fondamentaux. Le patient accepte une certaine souffrance, d'éventuels conflits que la cure peut réactiver. Il fait la différence entre la cure, la personne du thérapeute, et les situations et les images que celle-ci fait revivre à partir de son histoire personnelle. La cure-type trouve ainsi son meilleur usage dans les névroses classiques. Mais plus que le diagnostic, ce qui est important est finalement le fait que les conflits sont contenus dans un psychisme qui souffre mais reste organisé. L'analyse porte alors essentiellement sur les contenus psychiques idées, images, rêves et souvenirs qui viennent à l'esprit du patient, qui tente de ne pas trier ou censurer ce qu'il dit.

Le psychanalyste, à partir de sa propre expérience de la psychanalyse et de l'enseignement théorique qu'il a reçu, écoute et coordonne les significations inconscientes du discours du patient. Une interprétation juste aide le patient à surmonter les résistances qui empêchent de découvrir les conflits inconscients qui sous-tendent ses symptômes ou son mal-être, à comprendre différemment une période importante de sa vie. Le conflit mieux compris est davantage intégré à la vie consciente, qui s'enrichit. La souffrance qui en résultait s'atténue et devient progressivement supportable ou disparaît.


Les psychothérapies psychanalytiques


  • Au mieux se sont des psychothérapies conduites par un psychanalyste.
   
Pour de nombreux cas, une psychothérapie psychanalytique sera plus indiquée que la cure-type, et les options théoriques et techniques initiales de Freud devaient être modifiées. On découvrait en particulier de nouveaux types d'angoisses, qui modifiaient grandement la relation au thérapeute. Par exemple, une dépression profonde expose le patient à une angoisse insupportable d'abandon par le thérapeute, de perte d'objet. Ou encore, la relation thérapeutique peut être ressentie par le patient comme mettant en péril son intégrité narcissique, avec l'angoisse d'être dépossédé de soi-même, influencé de façon malveillante par le thérapeute, etc... Ainsi, pour de nombreux cas, il fallait développer une modulation différente de la relation thérapeutique, ce qui fut étudié en particulier à partir du traitement des états limites et des structures narcissiques, et aussi dans le cas particulier des psychoses, des troubles alimentaires, des addictions, des situations violentes, etc.

Du fait de la nature des angoisses mobilisées, l'analyse et le maniement du transfert peuvent devenir particulièrement délicats, voire difficiles. Le psychanalyste doit s'appuyer grandement sur sa propre expérience de l'analyse, et sur sa propre auto-analyse, pour régler sa propre attitude en vue d'atténuer les angoisses du patient. Le transfert du patient peut en effet être imprégné d'hostilité, de méfiance, de craintes de régression excessive... Ainsi, paradoxalement, la psychothérapie devrait être conduite par un psychanalyste clinicien expérimenté, bien au fait des différentes figures que nous venons d'évoquer. D'abord considérée comme une sous cure-type, puis comme aménagement de la cure-type, la psychothérapie psychanalytique est davantage reconnue dans sa spécificité aujourd'hui.

  • Les CPCT [7]sont une invention originale de l'Ecole de la Cause Freudienne
Voir l'article consacré à cette application de la psychanalyse aux sujets en situation précaire.



Le cognitivo-comportementalisme 



Le cognitivo-comportementalisme est le nouveau paradigme de la psychologie qui se propose comme modèle d'avenir pour les disciplines cliniques et celui qui épuisera la psychanalyse. Selon Eric Laurent [8] :« Les "grandes idées vagues" (P. Valéry) permettent une synonymie suffisante pour produire un malentendu [au sens lacanien du terme].  La néolangue cognitiviste universitaire dispose de synonymies qui permettent de parvenir à une conversation entre ex-chomskyens , neurologues, biologistes, universitaires. Cette conversation donne l'impression qu'ils parlent entre eux de quelque chose qu'ils ont en commun, alors qu'ils parlent au contraire de choses assez différentes. C'est un semblant de science. L'espoir commun de la psychologie universitaire est de réduire le sujet de la psychologie à un système d'apprentissage en abandonnant  les références logiques et langagières. Sous le nom de cognitivisme comportemental, une nouvelle réduction de l'expérience humaine à l'apprentissage a fait retour

Or ce qui est perdu dans l’optique cognitive, Lost in cognition, est l’originalité de l’inconscient freudien,  affirme Eric Laurent. L 'inconscient ne relève d'aucun apprentissage. L'inconscient est un mode de la pensée délivrée de l'apprentissage comme de la conscience. C'est son scandale et sa particularité. L'inconscient ne se laisse pas réduire à un système d'apprentissage, à des traces d'apprentissage.  Ici quand on parle des traces, c'est non seulement l'observation des comportements mais aussi l'imagerie cérébrale du PET-scan (le cerveau sans la parole ) .

 Loi du 9 aout 2004 -  Article 52


      L'usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes.

    Avant projet de décret relatif à l'usage du titre de psychothérapeute et document de travail projet d'arrêté d'application .

LE MONDE | 08.07.08 | 15h33 • Mis à jour le 08.07.08 | 15h33

La polémique sur le décret réglementant le statut de psychothérapeute s’embrase à nouveau. Alors que le gouvernement vient de transmettre au Conseil d’État un projet de décret débattu depuis près de cinq ans avec la communauté psy, c’est désormais un projet annexe d’arrêté qui met le feu aux poudres.

Ce « document de travail », signé des ministères de la santé et de la recherche, définit avec précision le contenu de l’enseignement théorique et pratique des futurs psychothérapeutes. La communauté psy dénonce une immixtion du gouvernement dans la définition du soin psychique et l’instauration d’« une psychothérapie d’Etat ».

Le 13 août 2004, le Parlement adoptait l’article 52 de la loi sur la santé publique reprenant un amendement de Bernard Accoyer, actuel président (UMP) de l’Assemblée nationale. M. Accoyer cherchait à réglementer l’usage du titre de psychothérapeute, utilisé actuellement par des psychiatres, psychanalystes, psychologues mais aussi des professionnels non médicaux, issus de dizaines de courants de pensée. Au nom de la lutte contre le charlatanisme, ce texte visait à réserver le titre de psychothérapeute aux professionnels inscrits sur un registre national et se soumettant à une formation universitaire.

Depuis l’adoption de la loi, trois ministres de la santé se sont efforcés, jusqu’ici en vain, de publier le décret issu de cet article de loi. Les querelles entre psys et gouvernement n’ont pas cessé. La dernière version du texte, élaborée par le cabinet de la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, prévoit que les professionnels souhaitant user du titre se soumettent à une formation de 400 heures en psychopathologie clinique suivie d’un stage pratique de cinq mois. Ce décret a été approuvé par le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche, le 16 juin, avant d’être transmis au Conseil d’Etat.

Alors que la communauté psy s’était résolue à accepter le compromis de la dernière version du décret, elle découvre aujourd’hui, avec stupeur, un projet d’arrêté, resté confidentiel, et déclinant le contenu de la formation. Selon ce texte, les futurs psychothérapeutes devront maîtriser « les principaux courants théoriques (psychanalytique, cognitivo-comportemental, systémique, socio-environnemental, biologique) » et avoir une « connaissance des outils d’évaluation (échelles cliniques, tests projectifs) suffisante ».

Pour les professionnels de la psyché, divisés entre courant psychanalytique et thérapies brèves d’inspiration anglo-saxonnes, le gouvernement prend parti dans une querelle épistémologique. « Il s’agit d’un hold-up cognitiviste sur le titre de psychothérapeute, dans le but explicite d’éliminer la pratique psychanalytique », dénonce Jacques-Alain Miller, chef de file de l’Ecole de la cause freudienne (courant lacanien de la psychanalyse). « On veut déposséder l’université de la définition du contenu de son enseignement, au profit du modèle psychiatrique américain, très minoritaire en France », s’insurge Roland Gori, président du Séminaire interuniversitaire européen d’enseignement et de recherche en psychopathologie et psychanalyse.

La nature du texte incriminé - un simple arrêté - inquiète d’autant plus qu’il peut être pris sans aucune consultation. Le ministère de la santé explique que sa rédaction ne relève pas de sa responsabilité, mais de celle du ministère de la recherche. Dans l’entourage de Valérie Pécresse, on confirme que « l’arrêté vient compléter le décret et qu’il ne sera pas soumis à concertation ».

Cécile Prieur

Article paru dans l’édition du 09.07.08



Remarque d'Analyse Freudienne :

«Aucune formation psychanalytique ne peut se fonder sur un enseignement de quelques heures, qu’il relève de l’Université ou d’instituts privés. Un enseignement en psychopathologie clinique constitue, certes, une condition nécessaire, mais nullement suffisante. Seule une analyse didactique complétée par des contrôles et des enseignements, relevant de la responsabilité des associations psychanalytiques, peut valider une pratique clinique se référant à cette discipline. Se réclamer dans une pratique psychothérapeutique, de concepts analytiques, sans respecter ce socle fondamental de la formation, constitue un dévoiement grave à l’apport freudien. L’article 52 a pour but de protéger le public de l’activité nocive des sectes, mais le document de travail portant sur le cahier des charges, conduisant au titre de psychothérapeute, va livrer les patients à des praticiens pouvant se prévaloir indûment de la psychanalyse, induisant de ce fait, des prises en charge trompeuses et risquées, sous couvert de la loi. [La promotion d'une ] « une psychothérapie d’inspiration analytique »  desservirait tant la psychanalyse que les patients. Aucune mention relative à cette formation dite « de psychothérapie psychanalytique » [ne  devra] s’inscrire dans les arrêtés à venir.»


Actualité de l'amendement ( 5 mars 2009 )

L' amendement ci-dessous, proposé par le gouvernement, et modifiant l’article 52 (dit “loi Accoyer”) de la loi de Santé, a été adopté par l'Assemblée nationale en première lecture le jeudi 5 mars 2009 à 23h47.
Cet amendement a été défendu devant l'Assemblée par Mme Roselyne Bachelot en personne.
Groupe socialiste: M. Le Guen s’est félicité que l’on parvienne ainsi à “quelque chose de structuré concernant le titre de psychothérapeute ». Le rapporteur de la commission a lui aussi soutenu le texte, qui a été adopté à l’unanimité. L'urgence ayant été déclarée par le gouvernement sur la loi de "réforme de l'hôpital" ("HPST"), il n'y aura qu'une seule lecture dans chaque chambre.  Après l'examen au Sénat, le gouvernement aura à décider des textes d’application (décret et arrêté).


Amendement permettant l'application des dispositions des deux derniers alinéas de l'article 99 du Règlement
ASSEMBLÉE   NATIONALE
5 mars 2009
RÉFORME DE L'HÔPITAL - (n° 1210)
AMENDEMENT  N° 2083 Rect.
présenté par le Gouvernement

ARTICLE ADDITIONNEL
APRÈS L'ARTICLE 22, insérer l'article suivant :
Les troisième et quatrième alinéas de l'article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique sont remplacés par quatre alinéas ainsi rédigés :

« Un décret en Conseil d'État précise les modalités d'application du présent article et les conditions de formation théorique et pratique en psychopathologie clinique que doivent remplir l’ensemble des professionnels souhaitant s’inscrire au registre national des psychothérapeutes. Il définit les conditions dans lesquelles les ministères chargés de la santé et de l’enseignement supérieur agréent les établissements autorisés à délivrer cette formation.

« L’accès à cette formation est réservé aux titulaires d'un diplôme de niveau doctorat donnant le droit d’exercer la médecine en France ou d’un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse.

« Le décret en Conseil d’État définit les conditions dans lesquelles les titulaires d'un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l'article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d'ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations peuvent bénéficier d’une dispense totale ou partielle pour la formation en psychopathologie clinique.

« Le décret en Conseil d’État précise également les dispositions transitoires dont pourront bénéficier les professionnels justifiant d’au moins cinq ans de pratique de la psychothérapie à la date de publication du décret. ».

EXPOSÉ SOMMAIRE

Compte tenu de la sensibilité des troubles qu’ils cherchent à améliorer, qui touchent à l’intimité psychique et relationnelle de l’individu souvent en situation de grande vulnérabilité, les psychothérapeutes doivent disposer d’un haut niveau de connaissance et de compétence pour prendre en charge de façon adaptée les personnes qui ont recours à eux.

C’est pourquoi il est apparu indispensable que toutes les personnes qui utilisent le titre de psychothérapeute aient suivi au cours de leur cursus, une formation théorique et clinique de psychopathologie clinique. Les concepts et approches qui seront développées dans cette formation exigent, pour leur bonne compréhension, un niveau élevé universitaire de type Master 2 de psychologie ou de psychanalyse ou Doctorat de médecine.

Les professionnels qui, dans leur cursus de formation initiale, auront déjà suivi tout ou partie des modules développés dans cette formation pourront bien sûr bénéficier de dispenses totales ou partielles.

Une formation n’est de qualité que lorsque l’établissement dans lequel elle est délivrée est, lui-même, de qualité, c’est pourquoi il est nécessaire d’agréer ces établissements.

Il est en outre nécessaire de prévoir des dispositions permettant de tenir compte de la situation particulière des professionnels déjà installés depuis plusieurs années.


Bibliographie


  • Débat «Psychanalyse et psychothérapie » in Analyse Freudienne Presse , Psychothérapie-psychanalyse , didactique , première partie  , des psychanalystes parlent , pp 9-48 , Érès , 2000
  • Claude Dumézil , Quelle institution pour quelle psychanalyse ?   in Analyse Freudienne Presse , Psychothérapie-psychanalyse , didactique , deuxième partie , écrits , pp 93-110, Érès , 2000
  • Geneviève Granier de Cassagnac-Grauloup , Hans et Freud : entre psychanalyse et psychothérapie , in Analyse Freudienne Presse , Psychothérapie-psychanalyse , didactique , deuxième partie , écrits , pp 69-92, Érès , 2000
  • Pierre Marie , De la psychanalyse et des psychothérapies : une différence épistémologique et éthique , in Analyse Freudienne Presse , Psychothérapie-psychanalyse , didactique , deuxième partie , écrits , pp 13-33 , Érès , 2000
  • Elisabeth Roudinesco , Pourquoi tant de haine  , Anatomie du Livre Noir de la psychanalyse , Navarin Éditeur , 2005
  • Gérard Pommier, Comment les neurosciences démontrent la psychanalyse , Flammarion , 2004    
  • Eric Laurent ,  Lost in cognition : psychanalyse et sciences cognitives , Cécile Defaut - 2008
  • Agnès Aflalo , L'assassinat manqué de la psychanalyse , Psyché, Editions Cécile Defaut , 2009 


"Il arrive qu’une loi provoque la colère de ceux qu’elle voulait protéger. C’est ce qui s’est passé fin 2003 avec l’amendement Accoyer, dont l’intention était de réglementer l’exercice des psychothérapies au risque de faire disparaître la psychanalyse. Le public que cette loi était censé protéger risquait ainsi de se retrouver privé de certaines des libertés garanties par la démocratie. De nombreux intellectuels, dont Bernard-Henri Lévy, ont perçu ce danger et ont immédiatement rejoint le mouvement des Forums psys organisé par Jacques-Alain Miller pour contrer cette attaque de la psychanalyse sans précédent en France. Il s’en est fallu de peu qu’elle disparaisse. Bien sûr la question se pose de savoir comment il a été possible d’en arriver là, et c’est ce que ce livre entend éclairer. Sans doute l’évaluation et le scientisme cognitivo-comportementaliste qui infiltrent progressivement les savoirs et les détruisent ont-ils joué un rôle majeur dans cette affaire. Et l’Association internationale de psychanalyse, fondée par Freud pour protéger son invention a encouragé la cognitivisation forcée de la psychanalyse. La psychiatrie a quant à elle sombré dans l’obscurantisme hygiéniste du XIXe siècle et sa nouvelle recrue, l’épidémiologie, accueille aujourd’hui des discours racialistes. Pourtant, plus l’évaluation accélère la marchandisation des savoirs et renforce le malaise contemporain, et plus la psychanalyse d’orientation lacanienne démontre son utilité publique. Car, Agnès Aflalo le montre ici avec clarté, elle est la seule à accueillir la singularité de ceux qui désirent s’y retrouver dans l’opacité de leurs symptômes."                   

Liens externes


Références

  1. Elisabeth Roudinesco , Pourquoi tant de haine , Anatomie du Livre Noir de la psychanalyse , Navarin Éditeur , 2005
  2. Jean Louis Hue - Sujet libre - in : L'année Freud / Histoire de la psychanalyse à travers le monde , Le magazine littéraire n° 449 , janvier 2006.
  3. Sessions of Freudian analysis will be illegal under regulations being introduced by the Government, therapists have warned.
    Freudians having bad dreams about the end of the couch
  4. Article de Jacque Alain Miller du 23 juillet 2008
    Au lecteur , par Jacques Alain Miller
  5. Gérard Pommier , L'enseignement de la psychanalyse à l'université est-il condamné à disparaître ? in La clinique lacanienne n°13 (Prendre corps ? ) , pp 209-212 , Éditions érès 2008 ISBN 978-2-7492-09-21-0
  6. TLM n° 71
  7. CPCT - Centres Psychanalytiques de Consultations et de Traitement
    La psychanalyse des CPCT
  8. Eric Laurent, Lost in cognition - Psychanalyse et sciences cognitives , éditions Cécile Defaut , 2008 , ISBN : 978-2-35018-057-1
    Lost in cognition

Commentaires

Lyonel Baum
Lyonel Baum
Médecin praticien , Physician GP
France
Avis sur l'article :
Votre avis :
Version :91
Versions
Dernière modification : 20 août 2009 09:48.

Activité pour ce knol

Cette semaine :

46consultations de page

Totaux :

1637consultations de page
2commentaires