Introduction
Accessible en juillet 2008 aux internautes, Knol n'a pas été épargné par les critiques. Il lui a notamment été reproché d'être un concurrent direct à une autre encyclopédie bien connue : Wikipédia. Le projet Knol fut également consideré comme une nouvelle tentative de la part de Google afin d'imposer son hégémonie sur la toile. Toutefois, il serait abusif de juger Knol sous cet angle uniquement. En effet, nous verrons tout au long de cet article que ces deux encyclopédies en ligne, accessibles gratuitement, ont une approche radicalement différente dans la façon de concevoir les articles.
Wikipédia lie chaque sujet à un article précis, sur lequel participeront divers internautes dans le but de remplir progressivement le contenu de cet article. L’objectif est de tenter de trouver le compromis entre tous les points de vue à propos d’un sujet. Idéalement, ce compromis est neutre et fourni sur le plan de la réflexion et également des sources. En clair, les contributeurs de Wikipédia cherchent à établir un article général à propos d’un sujet.
L’approche de Knol est différente. Lorsqu’un internaute désire partager des connaissances, il crée un knol. Cet article créé lui est intégralement dédié. C'est-à-dire que le créateur est le seul contributeur possible sur cet article. Toutefois, le propriétaire d’un knol peut inviter d’autres internautes à écrire sur son knol. Dans ce cas-ci, le propriétaire a le choix de laisser n’importe quel internaute modifier le knol, ou de verrouiller son knol à lui seul et à des rédacteurs qui ont pu obtenir son autorisation. La conséquence de ce système est qu'il est possible de verrouiller un knol et d'empêcher toute modification, qu'elle soit positive ou négative. Ainsi, si un autre internaute désire apporter des modifications à un knol "fermé", il devra prendre contact avec son propriétaire, afin que celui-ci lui offre la possibilité de le modifier, ou en cas de refus, l'internaute créera son propre knol.
Ces deux choix d’édition sont lourdes de conséquence :
Modèle Wikipédia (1) Modèle Knol (2)

1) L’édition même de Wikipédia va tendre à créer un unique article général, qu’on espère aussi neutre et suffisant que possible. Dans la philosophie même de Wikipédia, chaque sujet a droit un unique article, un article postérieur sur un sujet déjà traité sera invité à s’inscrire dans l’article qui le précédait.
2) Knol va au contraire pousser à la multiplication des articles sur un même sujet, où chaque propriétaire et ses collaborateurs éventuels aborderont le sujet à leur façon. Cela peut impliquer une prise de position vis-à-vis d'une problématique. L'idéal de Knol n'est pas tant de fournir un article le plus neutre possible, mais plutôt de permettre à chacun de s'exprimer sur un sujet. Idéalement, à matûrité, Knol a intérêt à proposer plusieurs articles d’auteurs différents, à la méthode d’approche différente afin de traiter efficacement un sujet. Notons que par la déléguation de privilèges, Knol permet à plusieurs auteurs de s’associer et de tenter également de fournir un article général et neutre.
Problématique de l’auteur :

Le nom de l'auteur, sa profession et sa situation géographique sont habituellement indiqués sur la page même de l'article. Il est ainsi aisé de se forger une première opinion à propos de la compétence du rédacteur vis-à-vis du sujet dont il traite. Knol : l’auteur y est identifié aisément. En fonction du choix de l’auteur, il pourra indiquer diverses informations à propos lui quand à sa profession, lieu d’habitat etc. Cette petite présentation est loin d’être négligeable, car elle permet de jauger la compétence du témoin face au sujet qu’il traite.
Exemple : il est certain qu’un article sur les OVNIs sera sans doute mieux rédigé par un astronome, habitué à observer le ciel et les divers phénomènes qui s’y passent.
Exemple : le fait qu’une personne habite ou non dans un pays où s’est déroulé un événement influencera nécessairement sa vision de ce dernier.
Cependant certains rédacteurs ne prennent pas le temps de rédiger une courte présentation, une attitude assez regrettable. Toutefois bien que la majorité des auteurs se plient à cette petite formalité, cela ne dispense pas le lecteur de garder un œil critique sur la source qu'il consulte. D’une part, parce que même un spécialiste peut commettre des erreurs. D’autre part, il faut être certain que le rédacteur n’ait pas menti sur sa situation, afin de rehausser sa crédibilité.
Cas spécial de mensonge : la pseudépigraphie : elle consiste à utiliser l’identité d’autrui, souvent de grande renommée, afin de donner de l’importance à son témoignage. Il était notamment courant au Moyen-Âge de signer son texte d’un grand nom afin que les idées qui y sont exprimées gagnent en crédibilité.
Toutefois, notons que Knol a mis en place un service de vérification d’identité permettant d’être certain de l’identité de la personne ayant rédigé un article.
Afin de consulter la liste les rédacteurs ayant contribué à l'article, il faut se rendre sur une page auxilliaire. Toutefois il demeure que les informations restent insuffisantes pour se forger une opinion sur leur compétence.
Wikipédia : un article est rédigé par une multiplicité d’auteur, non contrôlée. N’importe quel internaute peut à loisir modifier une page afin de rajouter/modifier/supprimer ce qui ne lui paraît pas correct. L’ensemble de ces modifications sont enregistrés dans l’historique de l’article, souvent très abondant, où les auteurs sont généralement très flous quand à leur identité. Autant on peut trouver des contributeurs possédant une page de présentation, autant certains rédacteurs ne sont que des adresses IP, ne permettant pas d’identifier son auteur. Quid de la compétence de ce dernier ? Wikipédia table sur de nombreuses relectures du sujet par divers internautes, et espèrent la contribution de ceux-ci en vue de corriger les diverses erreurs ou prises de position flagrantes. Ainsi peu à peu, l’article issu de Wikipédia suivra, idéalement, une évolution positive (en terme de fiabilité) de son contenu. Bien que ce soit le cas pour de nombreux articles, il peut arriver qu’une première ébauche, correcte dans son approche, soit démolie par la contribution d’un autre internaute, qui n’a pas forcément de mauvaises intentions, mais tout simplement une autre vision du sujet.
Dès lors, le modèle de Wikipédia laisse place à une possibilité, certes d’amélioration, mais aussi de déterioration, volontaire ou involontaire. Les modifications peuvent être d’ordre stylistique (brusque changement de style), irrespect du plan du premier contributeur, ce qui entraîne digressions, ou pire, contradictions.
De l’importance de la voie singulière de l’auteur
Wikipédia, comme nous l’avons vu auparavant, ne laisse pas le choix à l’auteur d’un article de verrouiller ce dernier, et se doit d’avoir l’esprit que nécessairement un autre internaute viendra compléter son article. Ce modèle possède des avantages, mais aussi un fort inconvénient, en particulier dans le domaine des sciences humaines.
En effet, dans ces dernières, le chercheur n’est pas un opérateur invisible traitant d’un sujet, entre lui et son objet d’étude se crée un lien intime. Lorsqu’un lecteur parcourt, par un exemple un texte de philosophie, il va le faire avec son vécu, avec son expérience, avec pour conséquence que sa lecture du texte sera unique. Elle n’est ni fausse, ni entièrement vraie et suffisante, sa lecture sera complémentaire avec celles des autres. Il fera des liens avec ses précédentes lectures, comprendra différemment certains concepts etc. C’est en cela la richesse des sciences humaines, un sujet ne pourra jamais être entièrement traitée et est ainsi vouée à s’enrichir, car nous avons tous un rapport unique avec un texte. Il est évident qu’un homme expérimenté fera sans doute une meilleure lecture d’un texte et en ressortira de nombreuses richesses, tandis qu’un étudiant n’aura pas tant de succès. Qu’importe, dès lors qu’on garde un esprit critique, étudier leurs conclusions post-lecture est une excellente attitude si on veut cerner efficacement un sujet.
Dès lors, il est sans doute préférable pour un sujet de se voir agrémenté de multiples articles à son sujet, plutôt qu’un gros article général. Il suffit de parcourir les allées des bibliothèques pour constater le nombre de livres traitant d’un même sujet, avec parfois des conclusions radicalement différentes. Un professeur vous conseillera également de lire vous-même un texte et les divers livres qui traitent de ce sujet, plutôt que de vous suffire à un simple livre, vantant d’avoir pu résumer la problématique en un ouvrage concis.
Wikipédia se voit en face d’un sérieux problème : par la modification non-contrôlée des articles, il est presque impossible que l’interprétation d’un internaute reste intacte. Wikipédia va se voir marquer par un fourmillement de voies singulières qui vont s’exprimer, se marcher sur les pattes, et conduire par sa propre multiplicté, à la destruction de la voie singulière de chacun. La confrontation des points de vue est intéressante, Platon utilisait notamment la forme dialogique pour traiter des sujets, mais devient imperceptible sur Wikipédia. Il est impossible de savoir qui a dit quoi, à quel moment. A peine avons-nous un historique évoquant qu’un internaute a modifié le contenu, mais on ignore souvent quoi précisément.
L’internaute est-il un professeur d’université, un étudiant, un lycéen ? Nul ne le sait bien souvent, il n’y a pas de hiérarchie de crédibilité, et il est tout à fait possible qu’un esprit inconscient de l’importance de l’interprétation de chacun, efface le travail d’un précédent, car il le trouve en inadéquation avec ses propres sources.
Le but des sciences humaines n’est sans doute pas de trouver un sens à un texte qui conviendrait à tous, mais plutôt de laisser place à la réflexion de chacun à propos d’un sujet. Nous ne dirons pas qu’un article général soit mauvais, car il permet de se faire rapidement une idée d'un thème précis, mais il serait un tort de le considérer comme unique moyen de transmettre le savoir. Il est tout aussi enrichissant de lire l’avis de chacun, et de confronter les points de vue, et cela nécessite que l'avis de chacun ne soit pas altérer.
C’est sans doute un avantage non négligeable de Knol : laisser le choix au propriétaire de verrouiller ou non son article. En réalité, Knol permet, par ce biais, de protéger le travail du chercheur. Toutefois ce modèle permet à des théories involontairement ou volontairement faussées de s’exprimer, sans risquer la modification. Tandis que sur Wikipédia, un internaute pourra corriger des textes trop dogmatiques, n’ayant pour but que de convaincre et non d’instruire, ne laissant pas de place à la réflexion postérieure, le modèle de Knol les laisse intouchable. Et il est certain que ces auteurs verrouilleront leurs articles. Ceci est particulièrement néfaste pour des sujets ayant trait à la politique, à l’actualité où on a tendance à prendre parti sous le coup de l’émotion et à vouloir rallier les autres à son point de vue.
De plus, Knol n’est pour l’instant qu’à l’état embryonnaire, c'est-à-dire qu’il y a encore bien peu d’articles, et sûrement pas plusieurs à propos d’un même article. Or l’idéal de knol serait de pouvoir confronter les divers articles, c’est pour le moment impossible. Et il serait également un tort dès lors de vouloir rédiger à la manière du modèle Wikipédia. Cela ferait de Knol une simple copie concurrente de Wikipédia et on perdrait la richesse que permettrait Knol.
Evaluer la fiabilité d'un sujet
Knol et Wikipédia diffèrent dans l'évaluation des articles. Pour sa part, Knol a mis en place un système de cotation et de commentaires accessibles facilement à tout le monde. Ainsi, après une lecture, un internaute peut attribuer une note à l'article, et si besoin est, publier un commentaire sur tel ou tel aspect de l'article. Sur base des notes données par les internautes, une moyenne est faite.
Wikipédia ne permet pas d'attribuer des votes, et a axé sa méthode d'évaluation sur une page de discussion affilié à l'article et à la reconnaissance d'article de qualité. La page de discussion permet aux internautes de déposer un avis sur l'article, de publier une inquiétude à propos de certains passages de l'article etc. Ainsi, en plus d'être le lieu où on peut poster ses opinions, l'onglet discussion est un moyen pratique pour les internautes afin de coordonner leurs efforts.
Certains internautes incluent également des avertissements dans l'article même : manque de source, problème de neutralité... C'est une façon de procéder qu'on peut qualifier de positive car elle permet d'avertir le lecteur de problèmes potentiels. En effet, on peut tabler que la majorité des lecteurs ne parcourent pas l'onglet discussion d'un article de Wikipédia, et se contenteront de lire l'article, dès lors la présence d'avertissement dans l'article est utile, peut-être même nécessaire. Knol ne propose pas cette fonctionnalité, étant donné que l'auteur peut choisir d'être hermétique aux modifications grâce au verrouillage de son knol, et il n'est pas certain que tous les internautes auront le courage de parcourir les commentaires.
Toutefois, Knol propose donc d'attribuer une note à un article. Logiquement, les articles les mieux rédigés seront bien cotés, tandis que les articles sujet à erreurs seront moins bien cotés. Notons qu'un internaute peut faire le choix de modifier son vote, ce qui lui permet de réévaluer sa note, par exemple suite une modification de l'article. Il reste à voir si tous les votants auront le courage de relire l'article à chaque vote. Wikipédia ne propose pas de noter un article, mais de soumettre un article à l'élection afin de lui attribuer le label article de qualité. Face à un article très fourni, bien documenté, un internaute peut demander un vote en vue de le lui donner. D'autres participants sont invités à voter, et si le vote se révèle positif, l'article obtiendra le label. Ce dernier peut-être retiré par la suite avec un nouveau vote, si par exemple l'article deviendrait mauvais. Notons le bouton très pratique présent sur les articles de qualité, permettant d'accéder facilement à la version de l'article qui a été jugée de qualité. Il est en effet certain que même après un vote, un article continuera à évoluer.
On peut critiquer la méthode d'évaluation par label : tandis que l'évaluation de Knol s'effectue rapidement et cela sur tous les sujets, la question du label ne se pose que sur une minorité d'articles. Une grosse part des articles wikipédia sont ainsi vierges de toute évaluation, excepté les quelques avertissements que nous avons évoqué (qui ne sont pas toujours présents). De plus, un article sans label peut se révéler être un très bon article, mais faute de demande ou autre, il demeure sans évaluation. Comment un lecteur peut-il alors savoir s'il se trouve en face d'un bon article ou non ? Qui plus est si l'onglet discussion est vide également ?
Dès lors, on peut reconnaître des qualités à la méthode du label, mais celle de Knol semble être plus pratique, car elle permet à chaque article de pouvoir posséder une évaluation aisément. Bien que tous les articles issus de Knol ne sont pas tous cotés, il n'en reste pas moins qu'une large part le sont, et permet à chacun de procéder à un premier tri.
Il nous reste à avertir le lecteur à propos de la fiabilité de l'évaluation. Il est en effet utile de se demander si le votant est assez compétent pour évaluer un article. De plus, le système de notation de Knol est vide d'information : il y a une note certes, mais qui a voté quoi ? Parfois un vote éclairé vaut 10 votes (comme le veut la formule en méthode de critique : il faut peser chaque avis et non les compter ). Egalement, certains articles sont notés, mais ils ne disposent pas de commentaires, il serait intéressant que chaque votant prenne l'initiative de le signaler dans les commentaires, car on peut alors consulter la "carte d'identité" du votant et ses motivations.
L'avenir de Knol et de Wikipédia
Knol et Wikipédia ont un point commun : leur richesse dépendra du nombre d'internautes qui participeront à leur élaboration. Pour Wikipédia, plus il y aura d'internautes modifiant les articles, plus ceux-ci gagneront en fiabilité et en neutralité. Pour Knol, plus il y aura de rédacteurs avec leurs articles propres, plus l'internaute désirant de faire le tour d'un sujet aura à sa disposition des articles qu'il pourra confronter.
En conclusion, Knol et Wikipédia sont complémentaires : Wikipédia fournit des articles généraux, le plus souvent neutres, il est ainsi idéal si on désire s'informer rapidement d'un sujet et de constater les multiples problématiques sui y sont liées. Knol permet, pour celui qui désire creuser un sujet, de pouvoir consulter divers points de vue, et en confrontant ces derniers, de se forger un propre avis. Knol permet également à un spécialiste de s'exprimer, sans craindre que son travail soit déformé par un autre. Certes un auteur pourrait créer un site web personnel pour publier ses travaux, mais Knol lui offre l'opportunité d'être référencé sur une plateforme dédiée à la connaissance et d'être aisément consultable par d'autres.
Source
Article rédigé à l'aide du cours d' E. BOUSMAR, professeur aux Facultés Universitaires de Saint-Louis, en particulier son cours : Critique des sources de l'information 2008-2009.
Sébastien BURNEAU
Inviter en tant qu'auteur
Point de vue...
Beau travail.
5 *
Sébastien
Patrick SERRAFERO
Inviter en tant qu'auteur
Knol et Wikipédia complémentaires ...
Tu conclues à la complémentarité de Wikipédia et Knol, ce qui est aussi mon avis ...
Je vais donc référencer ton Knol dans la liste des arguments que je collecte sur cette thèse :
- http://knol.google.c
Par ailleurs, il serait surement intéressant de s'interroger pourquoi Wikipédia et Knol sont instinctivement et immédiatement perçus comme concurrents alors que ton analyse montre bien les grandes différences dans le positionnement fonctionnel de ces 2 plateformes ... As-tu un avis sur le sujet ?
Bien à toi, PSO
Julien Caudroit Van Cauwenberghe
Inviter en tant qu'auteur
Genial
5*
Lyonel Baum
Inviter en tant qu'auteur
Le problème est bien posé
Merci Nicolas Gielen d'avoir «métacommuniqué» sur Knol.